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Chronique de Philipp Lahm : « Pourquoi l’Arabie saoudite me laisse … – L’Équipe


« L’Arabie saoudite est un pays riche, en argent et en ambitions. Le prince héritier Mohammed ben Salmane affirme que son pays sera la nouvelle Europe de la culture dans dix ans. Le football représente un élément important de sa stratégie. Il veut rivaliser avec la Ligue des champions et investit massivement dans des stars venues d’Europe. Ronaldo, Neymar et Benzema jouent aujourd’hui pour des salaires mirobolants en Arabie saoudite. Quelques autres encore, qui ont dépassé les 30 ans, les suivront.

Il semble acquis que la Coupe du monde 2034 se déroulera en Arabie saoudite. Bien que le processus soit encore en cours, Gianni Infantino a pratiquement annoncé la décision en avance sur Instagram. Le nouveau sponsor principal de la FIFA vient d’Arabie saoudite, ce qui semble montrer encore que l’instance accorde une attention particulière à l’argent lors de l’attribution des tournois. Le Qatar aurait dépensé plus de 200 milliards de dollars pour la Coupe du monde 2022. Le tournoi ne coûtera pas moins cher dans onze ans, d’autant que 48 pays y participeront, au lieu de 32.

Tout cela rappelle quelque chose. Il y a une dizaine d’années, un autre pays a tenté de servir ses intérêts géopolitiques avec le football. À l’époque, la Chine achetait à l’Europe des footballeurs vieillissants pour des sommes colossales. Xi Jinping voulait accueillir la Coupe du monde et le secrétaire général du parti communiste s’était fixé pour objectif de devenir champion du monde.

« Il faut plus que de l’argent et des stars étrangères pour rattraper le football européen »

La Chine devient de plus en plus importante politiquement, mais on n’entend plus parler de football. Le football ne fonctionne que là où tout le monde peut participer, où l’engagement vient du centre de la société, où il crée une communauté et où il est organisé démocratiquement. On ne construit pas quelque chose comme cela du jour au lendemain. Il faut plus que de l’argent et des stars étrangères pour rattraper le football européen. C’est pourquoi je suis sceptique aussi à l’égard de l’Arabie saoudite.

En Europe, en revanche, le football est un bien culturel depuis un siècle et demi. Ses racines se trouvent à Glasgow, Sheffield, Genève, Londres, Budapest, Barcelone, Milan, Nuremberg ou Vienne, avec des ramifications à Buenos Aires et Montevideo. Il est historiquement imbriqué dans le mouvement ouvrier. Il est né en tant qu’association, où les gens organisaient leur vie ensemble. Cela n’a pas vraiment changé aujourd’hui.

« Je donne beaucoup plus chances aux États-Unis pour rattraper le football européen »

En tant que joueur, je m’étais rendu compte que c’est la société qui m’a ouvert la voie. Quiconque commence à jouer au football à l’âge de quatre, cinq ou six ans dépend d’hommes et de femmes qui éduquent les enfants et les jeunes bénévolement. Il faut des présidents, des entraîneurs, des secrétaires, beaucoup de gens pour permettre aux deux sexes de jouer, des poussins aux équipes d’adultes. Le football est un sport national.

Il existe un autre exemple de pays qui tente de rattraper le football européen en investissant massivement : les États-Unis. Je leur donne beaucoup plus de chances. Dans les années 1970, le New York Cosmos a acheté Pelé, Franz Beckenbauer et Johan Neeskens. Depuis, le développement est continu. La base de supporters et le nombre de joueurs et d’entraîneurs ont augmenté régulièrement, en partie grâce aux immigrants d’Amérique latine. Les États-Unis ont accueilli la Coupe du monde en 1994 et le feront à nouveau dans trois ans, en coopération avec le Mexique et le Canada. Le football est en train de supplanter les sports US traditionnels.

Les Américains connaissent le sport. Personne ne célèbre mieux les événements qu’eux. Les responsables du Bayern Munich se rendent sans cesse en Amérique pour comprendre le fonctionnement du merchandising et du marketing. Et le meilleur modèle est à leur porte : les footballeuses américaines sont la référence de leur sport depuis des décennies.

Le sport US a sa propre identité. Il fait partie de l’éducation nationale et, comme beaucoup de choses en Amérique, il représente un gros business. Les grandes ligues ont été créées dans le but de divertir. En Europe, elles se sont développées de manière organique, le sport étant le résultat de loisirs privés. Pourtant, les deux modèles sont culturellement proches. Ils n’ont rien d’artificiel, la motivation des millions de personnes qui y participent vient de l’intérieur.

En Europe, le football est profondément ancré dans la société. Aux États-Unis, il l’est de plus en plus. Un rapprochement transatlantique ne poserait aucun problème. Dernièrement, deux matches de la NFL ont eu lieu dans le stade de l’Eintracht Francfort, qui affichait complet.

« L’Arabie saoudite aurait mérité d’avoir sa chance. Mais dans d’autres conditions politiques »

La musique du football se joue toujours en Europe. La Coupe du monde des clubs est presque toujours remportée par des clubs européens. Les hommes d’affaires américains le savent, ils investissent donc dans la Premier League, la Serie A ou la Liga pour apprendre. Mais un point de basculement pourrait bientôt être atteint, donnant naissance à des géants capables de rivaliser avec le Real, Manchester City et le Bayern.

Lionel Messi est parti jouer à l’Inter Miami, en MLS. (Kirby Lee/USA Today Sports/Presse Sports)

L’Europe devra faire preuve d’imagination pour s’imposer face aux États-Unis, et c’est tant mieux. D’autant que l’Amérique du Sud, le deuxième continent de football avec l’Europe, n’est pas loin. Un footballeur argentin ou brésilien n’aurait plus besoin de faire le voyage en Espagne ou au Portugal, mais pourrait aller à San Francisco, Atlanta ou Miami. Une aventure qui permet davantage d’identification que celle de Riyad.

L’Arabie saoudite s’est qualifiée six fois pour une Coupe du monde. C’est le plus grand pays de sa région avec un peu plus de 36 millions d’habitants, la population est jeune, l’intérêt pour le football existe. Lors de la Coupe du monde au Qatar, des milliers de supporters ont fêté la victoire de leur équipe contre l’Argentine. L’Arabie saoudite aurait mérité d’avoir sa chance. Mais dans d’autres conditions politiques, car la culture du football est une forme d’existence de la dignité humaine. »



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Hugo Dupuis

Dans un monde peint de nuances d'encre et d'imagination, je suis Hugo Dupuis, un Spécialiste du Blogging, en équilibre à la croisée de l'exploration et de l'expression. Avec les salles de l'Institut Catholique de Toulouse comme ma creuset créatif, j'ai forgé un chemin où les mots deviennent des fenêtres ouvertes sur des contrées indomptées. Du plateau géopolitique à la délicate tapisserie de la nature, de l'arène rugissante aux couloirs secrets du divertissement, mon clavier danse au rythme des histoires en attente d'être racontées. La transparence est mon étoile guide, illuminant chaque récit de la brillance de l'authenticité. Alors, entrez dans ce royaume d'encre et d'idées, alors que nous nous embarquons ensemble dans un voyage à travers le labyrinthe de la politique mondiale, la symphonie de l'environnement, le frisson du sport et l'énigme du showbiz.

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