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Centre socio-éducatif de l’Etat: Entre pédagogie du traumatisme et … – RTL Infos


Cet article de notre série sur le Centre socio-éducatif de l’Etat est consacré au travail du personnel dans un concept global sur les trois sites.

“C’est une catastrophe. Ici, on ne travaille plus beaucoup pédagogiquement”, voilà l’une des premières déclarations d’un ex-collaborateur du CSEE lors de son interview. “Ne prenez pas de risque.” Telle serait souvent la réaction venue d’en haut si les pédagogues critiquent quelque-chose ou ont un autre point de vue.

“Le dernier ordre venu d’en haut était de laisser simplement faire les jeunes, pour éviter au maximum tout conflit.” Il n’y aurait plus de véritable encadrement, mais une sorte de laisser-faire. Plusieurs ex-collaborateurs avaient le sentiment d’être seulement encore là pour veiller sur les pensionnaires, mais pas pour travailler concrètement avec eux.

L’ordre d’éviter toute confrontation serait particulièrement contreproductif. “Ainsi nous ne faisons que renforcer les jeunes dans leur comportement.” Bien sûr il y aurait aussi parmi les pensionnaires des jeunes qui ne seraient pas si graves et avec lesquels il serait possible de bien travailler. Mais il y en aurait aussi un certain nombre qui auraient simplement besoin d’un cadre solide. “Et ça ne marche pas si vous venez avec une pédagogie du câlin. Là il faut pouvoir discuter avec l’adolescent. Pour montrer qu’il y a du vrai et du faux.

Le traumatisme: une excuse pour tout?

Dans le passé, cela aurait bien fonctionné malgré des difficultés. Il y avait des règles strictes et des conséquences. “Aujourd’hui, chaque adolescent est un pauvre enfant traumatisé, qu’il faut protéger et valoriser.”

De plus, il y aurait un manuel des structures, où il serait précisé, par exemple, comment il faut agir dans telle situation et qu’un projet individuel est élaboré avec chaque enfant. Et pourtant, dans la pratique, le personnel ne saurait jamais exactement comment il doit vraiment se comporter. Et cela en particulier si un mineur a une crise.

Un ancien salarié nous raconte un exemple concret, qui se produit sans cesse.

“Ces jeunes savent qu’il n’y a plus de vraies conséquences. Ils disent alors: donne-moi une cigarette ou bien je démonte tout. Si vous suivez et donnez une cigarette au jeune, il a gagné et recommencera la prochaine fois. Si vous restez conséquent, vous savez qu’il y aura une énorme discussion, qui risque de dégénérer. Si vous transmettez le rapport aux responsables, on vous dit juste: tu aurais simplement dû lui donner cette cigarette. Mais dans nos règles, il figure précisément à quelle quantité ils ont droit. Cela signifie que je devrais travailler à l’encontre des règles?”

Il arriverait aussi sans cesse que le jeune enfreigne les règles ou s’enfuie et que les conséquences prescrites ne soient pas respectées. Il y a ainsi des cas où l’ado devrait aller à l’isolement en cellule ou être privé de week-end en famille. “Finalement les discussions sont si interminables que le jeune peux partir en week-end. Comment devrait-il alors tirer les leçons de ses fautes?”, s’interroge un ex-employé.

“Mais j’ai de toute façon le sentiment que le personnel et la direction se réjouissent pour chaque jeune qui n’est pas sur nos sites. Nous avons alors moins de travail.”

Un autre ancien employé ne voit pas tout cela d’un oeil aussi sévère. Ils auraient beaucoup travaillé selon les règles et cette personne n’aurait pas eu de problème non plus avec la direction. Il émet toutefois une critique: “Il n’y a pas vraiment de temps d’adaptation au travail. Cela commence le premier jour et on est directement jeté dans le grand bain. Certainement que des choses ne fonctionnent pas correctement parce que nous n’avons pas été formés.” En outre, il serait très problématique qu’un homme travaille seul à un poste dans un groupe de filles.

La problématique particulière des réfugiés “mineurs” non accompagnés

Ces dernières années, de plus en plus de réfugiés auraient été placés au CSEE. Ils n’auraient pas de papiers et se feraient passés pour des mineurs, afin de ne pas aller en prison. “Ce sont les pires. Pas à cause de leurs origines ou autres. Mais il s’agit souvent de jeunes adultes, qui arrivent de zones de guerre et qui ont déjà vécu beaucoup de choses. Cela se voit aussi à leurs cicatrices.”

Ces pensionnaires raconteraient aussi ouvertement qu’ils ont déjà été emprisonnés dans les pays voisins et tout ce qu’ils ont déjà fait. Il s’agirait de véritables criminels. Ce qui ne serait pas forcément moins dangereux pour le personnel.

“Ils ont souvent une mauvaise influence sur les autres jeunes placés au CSEE. Ils jouent aux chefs, recrutent des jeunes et les entraînent dans des activités encore plus criminelles“, raconte un ancien collaborateur. En outre, cela entraînerait des problèmes de communication.

La langue: un avantage ou un obstacle?

Depuis l’année dernière, une société de gardiennage privée intervient au CSEE. Cela aurait toujours bien fonctionné avec les agents de sécurité, raconte, un ex-employé. Il y aurait cependant une difficulté. Une partie des agents de sécurité parlent, entre autres, arabe. Ce qui n’est pas un problème a priori. “Mais les réfugiés et d’autres jeunes parlent alors arabe avec les agents de sécurité et le reste du personnel est à côté et ne comprend rien. C’est vraiment un problème, car on ne sait pas de quoi discutent ces jeunes et les agents de sécurité entre eux.”

La direction du CSEE réagit: le multilinguisme st un avantage et la pédagogie du traumatisme a progressé

La direction ne conçoit pas ainsi l’argument de la barrière linguistique et elle n’aurait pas non plus reçu de commentaires négatifs de la part du personnel. Bien au contraire, le multilinguisme serait un gros avantage sur les sites du CSEE.“Oui nous avons des agents de sécurité qui parlent arabe et français. Mais nous avons aussi précisément depuis peu une psychologue qui parle arabe et une bonne partie du personnel, qui est francophone ou germanophone. Et cela a aussi ses avantages”, selon la direction du CSEE. Gilles Dhamen, conseiller au ministère de l’Education, de l’Enfance et de la Jeunesse, ne peut que confirmer cela et n’y voit pas d’inconvénients. Ces nombreuses langues seraient un plus, particulièrement en situation de crise.

“Je parle par exemple portugais en plus”, explique le pédagogue Yannick Gomes. “Si un pensionnaire portugais est en pleine crise, il est beaucoup plus facile pour lui de s’exprimer dans sa langue maternelle et pour moi d’expliquer en portugais ce qui se passe. Cela vaut aussi pour notre personnel français, allemand ou arabe.”

Le personnel de sécurité et la psychologue arabes seraient un gros avantage, particulièrement avec les réfugiés. Souvent ceux-ci ne parleraient que quelques mots de français ou de portugais et pourraient communiquer le mieux en arabe. La direction n’arrive pas à comprendre d’où vient la crainte que le personnel de sécurité et les mineurs puissent manigancer quelque-chose dans une langue étrangère. “Le plus important est simplement que le personnel échange après des crises ou des conversations. Peu importe qu’ensuite cela doive être traduit du luxembourgeois au français ou de l’arabe au luxembourgeois”, selon la direction.

La direction confirme la situation avec les réfugiés qui se disent mineurs. Depuis quatre à cinq ans, de telles vagues se succèderaient. “Ce sont des jeunes qui ont fui et sont arrivés seuls au Luxembourg. Ils se font passer ici pour des mineurs pour ne pas aller en prison. L’expertise médicale dit alors que le jeune a au moins 17 ans. Mais elle ne peut pas dire quel âge a en fait la personne. C’est ainsi qu’il est quand même hébergé chez nous. Souvent, ils ont une autre façon de voir, ils ont des cicatrices et d’autres maladies, pour lesquelles ils ont des médicaments sur ordonnance. Qu’ils fourguent ensuite ici”, explique la sous-directrice du CSEE, Joëlle Ludewig.

Ils auraient aussi souvent une autre approche de la violence, car ils auraient vécu eux-mêmes de très graves choses et auraient traversé seuls la Méditerranée.

“Jusqu’à présent, il n’y en a encore eu aucun qui ait agi comme un mineur. Nous nous occupons quand même d’eux. Mais ils ont souvent un effet complètement différent sur les jeunes. Certains mineurs se sentent même mal à l’aise avec eux, ou nous disent qu’ils ont peur”, selon Joëlle Ludewig.

Concernant l’approche pédagogique du CSEE, la direction peut comprendre que de l’extérieur elle semble parfois un peu trop laxiste. “En fait, bon nombre de nos mineurs ont déjà vécu des expériences traumatisantes dans leurs jeunes années. Cela va de l’addiction parentale et de la négligence aux abus psychologiques, physiques et sexuels. Les jeunes qui arrivent chez nous ne connaissent souvent pas la régulation normale des émotions, ne connaissent pas de sentiment de sécurité et n’ont souvent pas de personne de référence, en dehors de leurs amis. Quand ils arrivent chez nous, il s’agit de les rattraper et de construire un lien.” Les sanctions et les approches dures et sèches d’il y a des décennies aggraveraient souvent la situation. De nouvelles études et des découvertes scientifiques le montreraient aussi.

“Nous remarquons qu’une autre forme d’autorité est demandée. Les anciens numéros ne marchent plus aujourd’hui. Nous avons plutôt besoin d’une autorité “bienveillante”. Le mineur doit réaliser que c’est pour son bien, qu’il est en sécurité et que nous travaillons avec lui et pour lui”, explique Joëlle Ludewig. Il faudrait prendre les mineurs tels qu’ils sont et toujours s’adapter à eux. “Nous n’excusons aucun comportement, mais uniquement des sanctions, ce n’est pas la bonne voie.”

Par exemple, si un pensionnaire fugue plus d’une fois, puis revient, il peut aller jusqu’à 72 heures à l’isolement. Cela peut être dans une cellule ou dans la chambre du mineur. A l’isolement, le mineur devrait réfléchir. De nombreuses études montrent cependant que l’isolement est plutôt contreproductif, tant pour les mineurs que pour les adultes.

Il serait également important de travailler sur l’expérience avec le jeune et de découvrir pourquoi il fugue sans cesse. “L’être humain est programmé pour lutter ou fuir s’il se sent trompé. Les eux s’enfuient, les autres deviennent agressifs.” Cela s’observerait également chez les mineurs. Pour que le pensionnaire se fasse aider et évolue positivement, un certain lien et un sentiment de sécurité sont nécessaires. “Et cela n’arrive pas du jour au lendemain, mais cela prend simplement du temps et c’est un travail de longue haleine pour le personnel”, selon Yannick Gomes.

Et puis il n’y a jamais de garantie, même si cela fonctionne dans le cadre du CSEE, que le mineur conservera ce comportement positif à l’extérieur. “Il y a sans cesse des situations, où nous estimons que le jeune va réussir et qu’il peut rentrer chez lui, et après quelques semaines, il s’avère que ça n’a pas réussi. Cela arrive et ensuite il se peut que le mineur revienne et nous devrons continuer à travailler avec lui. Nous avons souvent une bonne évaluation, mais il n’y a jamais de sécurité à 100%.”

A lire aussi dans la même série:
Série de dérives: Mais que se passe-t-il à Dreiborn, là où finissent les mineurs délinquants?
Des ex-collaborateurs racontent: Sex, drugs and rock’n’roll: le quotidien à Dreiborn?
Au Luxembourg: “Un placement n’empêche pas les jeunes de devenir violents et délinquants”


*De l’extérieur, nous ne savons pas grand-chose sur la façon dont les choses se passent vraiment au CSEE. C’est notamment dû au devoir de réserve du personnel. Cinq ex-collaborateurs du Centre ont cependant tenu à parler. Afin de les protéger, ils resteront anonymes. Nous ne préciserons pas non plus sur quel site ils ont travaillé. Ce qui était véritablement important pour nous dans ces interviews, c’était qu’ils parlent tous uniquement de choses qu’ils ont vues ou entendues eux-mêmes.*

 





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Theo Lefevre

Dans le vaste océan du cyberespace, je suis Théo Lefèvre, un Journaliste Web captivé par les histoires qui se tissent à travers les fils numériques. Mon parcours à l'Université Américaine de Paris a façonné ma plume, tandis que mes curiosités se dévoilent à travers la science et la technologie, le monde des affaires, et l'athlétisme. Porté par mon passé de passionné de sport et d'économie, chaque article que je compose est un reflet transparent de mon engagement envers l'authenticité. Joignez-vous à moi pour explorer les méandres de l'innovation scientifique, les intrications du monde des affaires et les défis du terrain d'athlétisme, tout en partageant un voyage honnête et stimulant à travers mes écrits.

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