Athlétisme

La romance du Stade de France – Paris – France Culture


Principal écrin de la Coupe du monde de Rugby 2023, le Stade de France a déjà été le témoin de moments exceptionnels, sportifs et culturels. Mais aussi dramatique, en particulier le début des attentats de novembre 2015. Il est sans aucun doute moins populaire que le Parc des Princes ou le stade Vélodrome auprès du public et même auprès des sportifs. Mais petit à petit, à force d’accueillir les plus grandes compétitions et les plus grands concerts, le Stade de France s’est construit une histoire.

Un “Grand Stade” d’abord proposé à Melun-Sénart

Le Stade de France a été construit à Saint-Denis, en proche banlieue parisienne, après d’âpres discussions et surtout une longue bataille politique. Tout commence en 1988 : la France est candidate à l’organisation de la Coupe du monde de football 1998. Mais il n’existe aucune enceinte de plus de 45 000 places dans l’Hexagone. Un grand stade doit donc sortir de terre. Mais où ? Plusieurs sites franciliens sont retenus : Vincennes, Nanterre ou Marne-la-Vallée.

En 1991, Michel Rocard, Premier ministre socialiste, avance la ville nouvelle de Melun-Sénart pour accueillir le projet. C’est décidé, celui que toute la France appelle désormais le “Grand Stade” verra le jour à 35 kilomètres de Paris. Sauf que la droite et Jacques Chirac ne sont pas d’accord. Le maire de Paris refuse de financer un projet qu’il juge difficile d’accès et beaucoup trop éloigné de “sa” capitale.

Finalement, en 1992, Édouard Balladur, Premier ministre de droite, annonce que la ville de Seine-Saint-Denis accueillera le projet du nouveau stade. Vincennes devra se contenter de son hippodrome ; plus tard, Marne-la-Vallée aura Disneyland, et bien plus tard encore, Nanterre son Arena. Melun-Sénart n’aura… rien du tout.

La basilique de Saint-Denis et sa nécropole royale en arrière-plan du stade.
La basilique de Saint-Denis et sa nécropole royale en arrière-plan du stade.

© Getty
– Bernard Annebicque / Sygma

JFK et le Stade de France

Quatre architectes français, Aymeric Zublena, Michel Regembal, Claude Costantini et Michel Macary, sont chargés d’imaginer le futur grand stade sans nom. Ils étaient en concurrence avec Jean Nouvel, qui proposait, lui, un stade rectangulaire muni de ce qui aurait été le premier toit amovible de France. Nouvel souhaitait également quatre tribunes qui se déplaceraient sur des roues et des coussins d’air pour couvrir la piste d’athlétisme quand le besoin s’en ferait sentir. Un projet novateur, mais visiblement un peu trop.

Jean Nouvel et sa maquette pour le stade de Saint-Denis.
Jean Nouvel et sa maquette pour le stade de Saint-Denis.

© Getty
– Daniel Giry / Sygma

Rien à voir en tout cas avec le dessin final du Stade de France et la forme en ellipse caractéristique de sa toiture, très largement inspiré du terminal de la compagnie Pan American de l’aéroport John Fitzgerald Kennedy, à New York.

La construction de cette grande soucoupe volante ouverte sur la ville, avec son auréole flottante à 46 mètres au-dessus des gradins et du parvis, débute le 2 mai 1995. Bouygues, le géant français du BTP, est chargé de la réalisation. Particularité, le terrain et les tribunes sont enterrés de onze mètres par rapport au parvis du stade. Pas pour des raisons esthétiques, ni même techniques, mais tout simplement parce que sans cette curiosité architecturale, le sommet du stade aurait été plus haut que la flèche de la basilique de Saint-Denis. Or, aucune construction de la ville ne doit dépasser la hauteur de la basilique.

Le terminal passagers de la Pan Am à New York en 1965.
Le terminal passagers de la Pan Am à New York en 1965.

© Getty
– Hulton Archive

Le SDF en chiffres

· 364 millions d’euros dépensés pour sa construction
· Le toit du stade pèse 13 000 tonnes
· Capacité : 81 500 places pour le football et le rugby, 75 000 pour l’athlétisme
· La surface totale du site est de 17 hectares
· Le Stade de France mesure 320 mètres de long et 280 mètres de large
· 173 loges sont réparties autour du stade
· Seulement 7 minutes sont nécessaires pour vider les tribunes du Stade de France de ses spectateurs
· La création du Stade de France a permis d’engendrer près de 35 000 emplois (directs ou indirects) à Saint-Denis

Un Stade Michel Platini ? “De mon vivant, jamais !”

Le 4 décembre 1995, c’est Guy Drut, alors ministre des Sports, qui dévoile le nom du fameux “Grand Stade” : ce sera “Stade de France” ! C’est pourtant le nom de Michel Platini qui avait été plébiscité lors de la consultation populaire organisée par Radio France. Mais Platini, co-président du comité d’organisation du Mondial 98, avait opposé un ‘non’ catégorique : “De mon vivant, jamais !

Platini avait voté pour “Stade de France”, qui était pourtant arrivé loin derrière son nom ou celui de François Mitterrand, jugé trop politique. Le nom “Stade de France” aurait d’abord été suggéré par la chanteuse Liane Foly au sein du comité de réflexion créé pour l’occasion. À moins que ce ne soit l’acteur Francis Huster, qui revendique également sa paternité lors d’une discussion avec Guy Drut.

Affiche annonçant la date de la pose de la première pierre du Stade de France, à Saint-Denis, le 6 septembre 1995.
Affiche annonçant la date de la pose de la première pierre du Stade de France, à Saint-Denis, le 6 septembre 1995.

© Getty
– William Stevens / Gamma-Rapho

Mais peu importe finalement de savoir qui a trouvé ce nom : dans un premier temps, les Français sont plutôt déçus par ce choix pas vraiment original et on se moque beaucoup du sigle “SDF”. Vingt-cinq ans plus tard, il faut bien avouer que le nom “Stade de France” ne fait plus débat et que l’enceinte fait désormais partie du patrimoine sportif et architectural français.

Zizou, dieu du stade

Le Stade de France est inauguré le 28 janvier 1998 en présence du président Jacques Chirac. Par un froid de canard, l’équipe de France de football domine l’Espagne en match amical : 1 à 0, but de Zinedine Zidane. Zidane, premier buteur donc du Stade de France ? Pas exactement. Avant l’inauguration officielle, un match s’était déjà joué sur la pelouse du SDF : une sélection d’ouvriers avait rencontré le Variétés Club de France et c’est un ancien rugbyman, Serge Blanco, qui avait ouvert le score ! Blanco, véritable premier buteur du Stade de France.
Le Stade de France, aujourd’hui temple du sport français et plus grande salle de concert du pays, a d’abord été construit pour accueillir la finale de la Coupe du monde 1998. Un triomphe, puisque, contre toute attente, le 12 juillet 1998, les Bleus y battent le Brésil 3 à 0. Deux buts de Zinedine Zidane, décidément très à son aise au Stade de France, et un dernier d’Emmanuel Petit. Grâce à ce succès, l’arène de Saint-Denis entre par la grande porte dans l’imaginaire collectif des Français.

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Ils l’ont vécu

Après 1998, le Stade de France enchaîne avec la finale de la Coupe du monde de rugby en 2007. Il devient alors le premier stade à avoir accueilli une finale de Coupe du monde de football et une de rugby. Avec la finale de la Coupe du monde de rugby 2023, cela fera 3, un autre record. Et au fil du temps, l’enceinte aura reçu la finale de la Coupe du monde 1998, les mondiaux d’athlétisme 2003, la Coupe du monde de rugby 2007, les finales des Ligues des champions de football 2000, 2006 et 2022, la finale de la Coupe d’Europe de rugby 2010 ou encore la finale de l’Euro 2016 de foot.

Le stade du rugby français

Grâce ou à cause de la Coupe du monde 1998, le Stade de France est d’abord estampillé “football”. Depuis son inauguration, il accueille pourtant les plus grands matchs de rugby et notamment ceux du XV de France. Le 7 février 1998, les Bleus, comme un symbole, font leurs grands débuts au Stade de France en dominant l’Angleterre 24 à 17. Impossible d’imaginer meilleure entrée en matière. Et pour leur premier tournoi des V Nations dans leur nouveau stade, les rugbymen français remportent la compétition et réussissent même le sixième Grand Chelem de leur histoire. Le début d’une belle et longue histoire d’amour.

Raphaël Ibañez, Philippe Bernat-Salles, Christophe Lamaison et les autres, sont des précurseurs. Les grands frères de ceux qui ont dominé les fameux All Blacks néozélandais le 20 novembre 2021, pour ce qui restera sans doute comme le plus grand match de rugby joué sur la pelouse du Stade de France : 40 à 25 pour des Bleus qui donnent une improbable leçon aux triples champions du monde.

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Antoine Dupont, Romain Ntamack et Gaël Fickou connaissent la marche à suivre pour remporter leur Coupe du monde dans leur stade le 28 octobre 2023. Au total, le Stade de France accueille dix matchs de la Coupe du monde 2023. Dont le match d’ouverture entre la France et la Nouvelle-Zélande le 8 septembre, un très prometteur Irlande-Écosse le 7 octobre, les deux demi-finales et donc la finale.

L’arène de France

Le Stade de France est d’abord une enceinte sportive, c’est une évidence : football, rugby, athlétisme, mais aussi courses automobiles, karting, motocross, voile, planche à voile. La pelouse du Stade de France est même devenue une plage. Mais dès le début de son exploitation, le SDF a également été utilisé comme la plus grande salle de spectacle de France, une véritable arène conçue pour accueillir les plus grands shows.

Officiellement, les Rolling Stones furent les premiers à jouer sur sa scène, le 25 juillet 1998. Alors que Johnny Hallyday aura été le premier Français, le 5 octobre 1998. Sauf que c’est en fait Jean-Louis Aubert, l’ancien chanteur du groupe Téléphone, qui aura été le premier à chanter au SDF : premier Français et premier tout court, puisqu’il avait assuré la première partie des Rolling Stones ce fameux 25 juillet 1998. Johnny n’aura donc pas été le premier, mais il reste le chanteur qui a le plus joué au Stade de France, avec neuf concerts et à chaque fois à guichets fermés (3 en 1998, 3 en 2009, et 3 en 2012). L’histoire retiendra également que Céline Dion aura été la première artiste à le faire chavirer pleinement et Mylène Farmer la première Française.

Alors que le record absolu du nombre de spectateurs date du 21 mai 2022. Ce soir-là, Indochine avait réuni 97 036 fans au Stade de France pour son Central Tour : une scène au milieu de la pelouse et du monde, beaucoup de monde autour.

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Jean-Marie Bigard, lui, est le seul humoriste à avoir rempli le Stade de France. Grâce à son spectacle Des animaux et des hommes, le 18 juin 2004, joué devant 52 000 personnes, un record pour un stand-up. Par ordre chronologique, Bigard est le septième artiste à avoir rempli le Stade, juste avant… Paul McCartney.

L’Histoire au stade

L’histoire du Stade de France est jalonnée de moment heureux… mais pas que ! Les histoires extrasportives, petites ou grandes, ne manquent pas. La première remonte au 6 octobre 2001, à l’occasion du match de football France-Algérie. Avant le coup d’envoi, La Marseillaise est sifflée, ce qui énerve passablement Jacques Chirac, le président de la République. Puis, alors que les Bleus mènent facilement 4 buts à 1, la pelouse est envahie par des supporteurs de l’Algérie. La partie ne reprendra jamais. Le stade est plein à craquer. 80 000 spectateurs et 13 millions de téléspectateurs médusés assistent à ce triste spectacle devant leur poste. Pour la première fois de l’histoire, un match des Bleus est interrompu sur le sol français. “Ce match a été victime de sa propre densité passionnelle” explique Mohamed Ghouali, l’ambassadeur d’Algérie en France.

Le 13 novembre 2015, le Stade de France accueille cette fois un match de football France-Allemagne. Les Bleus reçoivent les champions du monde pour un match de gala qui vire au drame. 21h17, un quart d’heure après le coup d’envoi, une première détonation retentit aux abords de l’enceinte, puis une deuxième deux minutes après. Ce sont en fait deux kamikazes irakiens qui viennent de se faire exploser, presque simultanément, en appuyant sur les boutons poussoirs de leurs ceintures truffées de boulons. L’une des explosions tue un chauffeur de car qui attendait tranquillement la fin du match : Manuel Dias est la première victime des attentats de ce vendredi 13 novembre 2015. Au total, entre Saint-Denis, les rue de Paris et la salle de spectacle du Bataclan, 130 personnes perdront la vie ce soir-là.

Plaque en hommage à Manuel Dias, première victime des attentats du 13 novembre 2015, au Stade de France.
Plaque en hommage à Manuel Dias, première victime des attentats du 13 novembre 2015, au Stade de France.

© AFP
– Xose Bouzas / Hans Lucas

Le 28 mai 2022, enfin, le drame est évité au Stade de France, mais de peu. Le dispositif de sécurité mis en place autour de la finale de la Ligue des champions entre le Real Madrid et Liverpool provoque des scènes de chaos aux abords du lieu : attente de plusieurs heures aux différents points de contrôles, supporteurs en souffrance, familles et donc enfants aspergés de gaz lacrymogènes ou victimes de vols. Le coup d’envoi de la finale est retardé de trente-sept minutes. Le Real gagne 1 à 0, mais c’est la polémique qui l’emporte, en France et au Royaume-Uni. Si elle n’est pas capable d’organiser une finale de Ligue des champions, la France est-elle prête à accueillir les Jeux olympiques de 2024 ?

Un avenir incertain

Après la Coupe du monde de rugby 2023, le Stade de France a rendez-vous avec les JO de 2024. Les épreuves d’athlétisme des Jeux olympiques et paralympiques auront lieu au SDF, ainsi que le tournoi de rugby. Pour un succès optimal, sept mois de travaux de mise en conformité, de modernisation et de transformation du stade sont nécessaires. Il s’agit notamment d’agrandir la piste d’athlétisme, afin de passer de huit à neuf couloirs, de la mise en place de la 5G et de l’installation d’écrans géants supplémentaires. Conséquence ? Aucun événement sportif ou culturel n’y aura lieu en 2024.
Pour la première fois depuis l’inauguration du Stade de France en 1998, il n’y aura aucun concert, aucun match de rugby du Tournoi des Six Nations dans l’enceinte en 2024. Le plus grand stade français ne pourra pas non plus recevoir les matchs de l’équipe de France de football ni même la finale de la Coupe de France.

Avec les JO de 2024, le stade de France aura accueilli tous les événements sportifs internationaux, hormis le Super Bowl, la finale du football américain ! Rien que pour cela, le Stade de France n’a pas d’équivalent dans le monde. Il n’est pas le plus grand, pas le plus original, ni même le plus beau, mais il est devenu unique.

Vue aérienne du Stade de France en 2009.
Vue aérienne du Stade de France en 2009.

© Getty
– Blom UK

Malgré toutes ses qualités, le modèle économique actuel du stade de France n’est pas rentable et il devrait changer dans les années à venir. L’État, qui est propriétaire, étudie plusieurs pistes. Une chose est acquise : une décision sera prise d’ici janvier 2025, date de la fin de la concession actuelle. Le stade pourrait carrément être vendu, un nouvel exploitant pourrait arriver ou un club résident pourrait s’imposer. Le Stade de France est estimé à 600 millions d’euros. Pas sûr toutefois qu’à ce prix-là les acquéreurs se bousculent : le SDF n’est pas exactement pratique d’accès et son coût d’entretien est très élevé. En 2018, un rapport de la Cour des comptes estimait que le Stade de France était “un véritable gouffre financier” et pressait l’État de s’en séparer.

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“Stadium”, une histoire des temples du sport





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Theo Lefevre

Dans le vaste océan du cyberespace, je suis Théo Lefèvre, un Journaliste Web captivé par les histoires qui se tissent à travers les fils numériques. Mon parcours à l'Université Américaine de Paris a façonné ma plume, tandis que mes curiosités se dévoilent à travers la science et la technologie, le monde des affaires, et l'athlétisme. Porté par mon passé de passionné de sport et d'économie, chaque article que je compose est un reflet transparent de mon engagement envers l'authenticité. Joignez-vous à moi pour explorer les méandres de l'innovation scientifique, les intrications du monde des affaires et les défis du terrain d'athlétisme, tout en partageant un voyage honnête et stimulant à travers mes écrits.

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