Culture et Société

Montpellier : la lecture, une habitude estivale, pour écrire sa vie … – actu.fr


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La lecture est présente dans toutes les activités estivales du MMF. (©CN / Métropolitain)

Depuis plus de dix ans maintenant, le Montpellier Méditerranée Futsal se donne pour mission d’accompagner durant l’été les enfants des familles les plus défavorisés des quartiers Mosson, Cévennes et Petit-Bard à travers des sorties quotidiennes durant lesquelles la lecture n’est jamais oubliée. « On n’occupe pas les enfants, on s’occupe des enfants » martèle Hamza Aarab, figure de proue de la démarche qui, au-delà de ces parenthèses enchantées veut offrir un horizon à ces jeunes.

La volonté retrouvée

L’année dernière quand nous avions rencontré Hamza Aarab pour évoquer avec lui les vacances qu’il permet de passer aux jeunes des quartiers Mosson, Cévennes et Petit-Bard avec l’appui du Montpellier Méditerranée Futsal, ce militant associatif semblait arriver au bout de sa volonté. Trop de barrières à lever pour un public vers lequel peu d’associations vont car trop compliqué à gérer et peu bénéfique en termes d’image ou de résultats. Également le manque de soutien, ou trop rare, depuis des années qui pousse à la débrouille quand d’autres aspirent les subventions. La Fondation Abbé Pierre et la DRAC apportent tout de même leur pierre à l’édifice.

De guerre las, Hamza était prêt à lâcher l’éponge. Mais quand on s’occupe d’enfants et d’ados, fussent-il difficile, et que l’on rembobine le film, on voit le chemin parcouru. Les mamans l’on poussé et les mômes lui ont témoigné sa joie d’avoir passer ces moments. Depuis l’année dernière, l’entrepreneur Ali Arab a pris la présidence du MMF mais pas questionner d’abandonner la mission sociale et culturelle du club. Retrouvant ainsi la volonté, Hamza Aarab a mis sa décision de côté et repris son bâton de pèlerin avec une nouvelle idée en tête pour ces vacances.

Rendez-vous à la médiathèque

Ce vendredi matin est une exception dans le programme de la semaine concocté pour la soixantaine d’enfants de 10 à 16 ans pris sous les ailes du MMF. Dans la salle multimédia de la médiathèque William Shakespeare, une vingtaine d’entre eux profitent des consoles et s’affrontent au foot ou à la danse. Et n’allez pas croire que seuls les garçons tâtent du ballon rond virtuel. Certaines filles sont redoutables une manette à la main. S’ils ont aujourd’hui droit aux écrans, durant toute la semaine ils en ont été privés. Pas question de coller son nez sur son smartphone pendant les activités collectives en extérieur.

Bilal, en service civique au MMF, est heureux de partager aux plus jeunes les valeurs transmises par le club.
Bilal, en service civique au MMF, est heureux de partager aux plus jeunes les valeurs transmises par le club. (©CN / Métropolitain)

« On essaye de les faire sortir car ce sont des enfants qui n’en n’ont pas l’habitude. On leur fait faire beaucoup d’activités. On les amène au lac du Salagou, à la mer, à la rivière… Depuis le début des vacances, il n’y a pas eu un jour sans une sortie » explique Bilal Achbam. Accompagné de Nabil Taya, joueur au club qui s’occupe également d’une équipe de jeunes durant la saison, le jeune homme encadre les enfants. « Avant j’étais comme eux. C’est le MMF qui s’est occupé de moi et m’a permis de sortir du quartier durant l’été ». Si par la rénovation urbaine du Petit-Bard, Bilal a déménagé du quartier avec sa mère, il a tenu à y revenir pour y faire son service civique. « Je prends beaucoup de plaisir à transmettre ces valeurs que m’a inculqué le MMF » témoigne-t-il. L’incartade vidéo ludique autorisée ne durera cependant pas toute la matinée.

Ancrer l’habitude de la lecture

Si le rendez-vous a été donné à la médiathèque, c’est justement pour profiter de ses ressources et du calme des lieux. Chaque enfant est invité à choisir un livre et s’isoler. « À toutes les sorties ils s’amusent mais on voit qu’ils prennent aussi du plaisir à lire. Personne ne déroge à la règle. Au début, ils étaient un peu réticents mais maintenant cela marche très bien. Ils ont adhéré à cette façon de faire et aiment tous cela ».

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Il y a quelques jours, Mohamed Boclet, vice-champion du monde 2021 de lecture rapide, est venu une nouvelle fois à Montpellier pour leur transmettre sa passion pour les livres. « C’est important d’enseigner des techniques de lecture très tôt aux enfants car la lecture c’est le pouvoir de se cultiver, d’apprendre, c’est la connaissance. Aujourd’hui, ils sont beaucoup sur les écrans et délaissent la lecture. Si dès l’enfance, on les habitue à lire régulièrement tous les jours un peu, ils vont ancrer cela dans leurs habitudes » expliquait-il à Kaina TV en détaillant : « Comme ce sont des enfants très jeunes, on a parlé d’état d’esprit, de concentration et d’organisation pour intégrer la lecture dans leurs habitudes. Je leur ai aussi transmis quelques petites techniques très simples. Contribuer à ce que ces enfants passent un bon été en ayant appris des choses et préparé leur rentrée en ayant lui et stimulé leur cerveau est pour moi très important pour leur permettre de les réconcilier avec la lecture ».

Et à première vue cela fonctionne. « Les parents n’ont pas forcément tous les moyens de faire des choses. Ces activités leur ont permis de découvrir plein d’endroits et de faire des activités culturelles dont ils n’ont pas l’habitude. Je les trouve très épanouis » confie Julia Latif. Et même si la présidente de l’association des parents d’élèves du groupe scolaire Armstrong-Bon situé au Petit-Bard, était un peu sceptique au début, elle a constaté rapidement les fruits de ces vacances apprenantes sur ses enfants. « Quand Hamza a mis ça sur la table, on avait un peu peur que les livres fassent trop école pour les enfants mais finalement c’est le fil conducteur et les enfants jouent le jeu » reconnaît-elle, « J’ai vu une vraie différence car ils ne lisent pas autant d’habitude même si j’essaye de les pousser. Ma fille en est déjà à son deuxième livre. Là comme ils sont en groupe, ils se motivent et tout le monde suit. En plus comme ils doivent présenter le livre, ils ont une pression supplémentaire. Ils n’ont pas envie de se louper devant les copains ».

Présentation en public

Dans quelques semaines, les vacances proches de leurs termes, tous les enfants devront présenter un livre en public. Une épreuve pour certains qu’il faudra franchir. Mais là aussi, rien n’est innocent.  « Quand on n’arrive pas à s’exprimer ou à poser les choses, les problèmes s’accumulent, Notre objectif est de les rendre autonomes. La barrière de la langue, l’expression et l’écriture sont indispensables pour les guider vers l’indépendance » souligne Hamza Aarab. Pas question pour autant de lâcher les enfants dans le grand bain.

Des comédiens viendront prodiguer de précieux conseils pour les mettre à l’aise. Cette approche du livre n’est qu’une première étape avant de mettre en place des ateliers d’écriture et d’éloquence. « L’objectif est de les orienter vers des choses autre que ce qu’ils ont l’habitude de faire ou ce pourquoi on les destine habituellement ». D’autant que désormais, les enfants poussent leur rêve plus loin que les générations précédentes loin d’un déterminisme social désabusant. « Dentiste, avocat, médecin, architecte… ces rêves c’est à nous de les accompagner ». Une mission à laquelle sont attachés Hamza, Guillaume, Ghoubir, Ibrahim, Fatima, Bilal, Nabil et les autres membres du Montpellier Méditerranée Futsal.

Après les émeutes ?

La mort de Nahel et les événements qui ont suivi ont été l’étincelle qui a enflammé un terreau déjà bouillant entre haine envers la police dû à des contrôles agressifs et humiliants tout au long de l’année et le sentiment d’abandon d’une jeunesse mis en marge. Pour Hamza Aarab, depuis le 17 octobre 1961 et le massacre qui a suivi la manifestation pacifique des Algériens à Paris contre l’instauration d’un couvre-feu décrété par le préfet de police Maurice Papon, les choses n’ont pas beaucoup changé en France. Preuve en est, la marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983 n’a pas empêché, jusqu’aux événements récents, les différents cas de dérives policières suivies d’émeutes.

Avec quelles réponses récurrentes ? Des subventions pour les associations de quartier pas toujours très bien ciblées. « Il faut rééquilibrer les moyens entre les acteurs et donner à des associations capables de travailler avec les publics les plus difficiles qui sont d’habitude mis de côté car stigmatisés », explique-t-il, « Quand, on voit ces jeunes on peut penser que ce sont des racailles mais quand on creuse un peu et qu’on les prend individuellement ce sont des jeunes comme les autres ». S’étant occupé jusqu’à présent des 10-16 ans, le sujet des émeutes a été abordé avec quelques-uns lors des activités. « Ils approuvent mais c’est un délire, ils sont moins conscientisés que les plus âgés. C’est justement ceux-là qui m’intéressent car ils sont gentils mais compliqués à gérer en groupe. Ils demandent deux fois plus d’effort, des moyens humains et surtout des personnes qui connaissent ce public » conseille Hamza Aarab.

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Elodie Dumas

Bonjour, je suis Elodie Dumas, une rédactrice d'articles en ligne qui dévoile le monde à travers ses mots. Ma formation à l'École Centrale de Nantes a façonné ma plume et éveillé ma passion pour l'écriture. Je parcours la toile avec des récits internationaux, explorant la culture, la société, et le monde du crime. Passionnée de sport et de voyages, j'explore aussi les coins les plus reculés. Mon engagement envers la transparence guide chacun de mes articles, apportant une authentique lumière à chaque sujet. Rejoignez-moi dans cette aventure où les mots peignent des images vives de cultures lointaines, de mystères criminels et d'horizons lointains.

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