Rugby

Tournoi des Six-Nations : entre la France et l’Irlande, le contraste est brutal – Sud Ouest


Mêmes ambitions, même désillusion. Le 14 octobre dernier, les Irlandais quittaient la Coupe du monde au terme d’un quart de finale épique face aux Néo-Zélandais (28-24), peut-être le meilleur match de la compétition. Ils étaient numéros 1 mondiaux. Ils avaient débarqué en France avec la conviction légitime qu’ils pouvaient l’emporter. Le lendemain, c’était au tour d’Antoine Dupont et ses camarades de voir leurs rêves s’effondrer face aux Sud-Africains.

Un pied dans le passé

Quatre mois sont passés. Mais après les deux premières journées du Tournoi, on ne peut que constater la différence d’énergie, de clarté dans les idées entre les deux équipes. L’Irlande a su rebondir quand le XV de France semble enlisé, avec un pied dans le passé, comme s’il n’avait pas fait le deuil de son rendez-vous raté.

« Tu commences à tout rejouer dans ta tête… J’ai passé des nuits sans sommeil » Andrew Porter

Il ne faut pas croire que le traumatisme de cette élimination a été ressenti de manière moins violente à Dublin et Limerick qu’à Toulouse, Bordeaux ou Paris. Il a été à la mesure de l’investissement des joueurs. « La cicatrice est là, elle va rester très longtemps, elle va nous suivre toute notre vie », avait confié Charles Ollivon. En décembre, les mots d’Andrew Porter, dans une interview à Rugby Pass, racontaient la même douleur. « Tout à coup, tu touches le fond. Je suis rentré à la maison et je voulais être seul, expliquait le pilier gauche. Mais j’ai été très vite confronté à mes pensées. Tu commences à tout rejouer dans ta tête, ce que tu aurais pu faire de mieux. J’ai passé des nuits sans sommeil. »

Qu’est-ce qui fait qu’aujourd’hui le XV du Trèfle semble resplendissant, et en route pour un deuxième Grand Chelem consécutif ? « Pour les joueurs qui viennent du Leinster, leur victoire à La Rochelle en Champions Cup a été un moment important de la catharsis en raison de la rivalité, de l’engagement que cela imposait », estime Gerry Thornley, le chroniqueur de The Irish Times. « Et puis, il y a aussi l’environnement qu’a su créer Andy Farrell autour de l’équipe d’Irlande. »

À la fois protecteur et pragmatique, l’ancien treiziste anglais a délégué une partie de l’approche mentale de la performance à Gary Keegan, un ancien responsable de l’équipe olympique de boxe dont l’importance dans le dispositif ressemble à celle qu’avait Gilbert Enoka chez les All Blacks.

« Les Irlandais sont les seuls qui ont une telle maîtrise de leur jeu offensif » Patrice Lagisquet

« Ses deux mantras, ce sont ‘Togetherness’ (l’unité, la camaraderie), et ‘the next moment’ (le moment suivant), la capacité à effacer ce qui vient de se passer », explique Gerry Thornley. « Lorsqu’ils se sont retrouvés pour préparer le tournoi, les joueurs et l’encadrement ont passé un après-midi à revenir sur la Coupe du monde. Mais une fois au Portugal, ils n’ont été focalisés que sur une chose : le match contre la France. »

Les clés du « reset »

Il n’y a rien de révolutionnaire dans ce protocole. Les clés du « reset » se trouvent peut-être tout simplement dans le jeu parfaitement rodé de l’équipe d’Irlande. Peter O’Mahony et ses camarades l’ont repris là où ils l’avaient laissé. Tout en haut en termes de standard. Et les jeunes, comme l’ouvreur Jack Crowley, se sont glissés sans problème dans un système qu’ils connaissent depuis longtemps. « Les Irlandais sont les seuls qui ont une telle maîtrise de leur jeu offensif », juge Patrice Lagisquet, ancien entraîneur du Portugal. « Ils sont capables d’entretenir le mouvement perpétuel et finissent par créer des déséquilibres quand la défense adverse se fissure. Quand nous nous sommes entraînés contre eux à Bayonne, avant la Coupe du monde, ils faisaient tourner deux équipes mais elles jouaient avec les mêmes repères bien établis ».

A contrario, on ne peut que constater une forme de dissonance entre le rugby tourné vers la possession et l’attaque, proposé par Toulouse, l’Union Bordeaux-Bègles, La Rochelle ou le Racing 92, et le jeu minimaliste produit par le XV de France depuis le début du Tournoi. « Il me semble aussi que les Springboks ont mis le doigt sur une fragilité dans le système offensif de l’équipe de France dans sa verticalité, et que cela n’a pas échappé aux Irlandais comme aux Écossais », relève Lagisquet.



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Theo Lefevre

Dans le vaste océan du cyberespace, je suis Théo Lefèvre, un Journaliste Web captivé par les histoires qui se tissent à travers les fils numériques. Mon parcours à l'Université Américaine de Paris a façonné ma plume, tandis que mes curiosités se dévoilent à travers la science et la technologie, le monde des affaires, et l'athlétisme. Porté par mon passé de passionné de sport et d'économie, chaque article que je compose est un reflet transparent de mon engagement envers l'authenticité. Joignez-vous à moi pour explorer les méandres de l'innovation scientifique, les intrications du monde des affaires et les défis du terrain d'athlétisme, tout en partageant un voyage honnête et stimulant à travers mes écrits.

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