Actualités internationales

Athlétisme : “La vie ne s’arrêtera pas après les Jeux Olympiques de … – Midi Libre


L’ancien champion d’Europe du décathlon, aujourd’hui patron des équipes de France, se livre à quelques jours du début des Championnats du monde à Budapest (19-27 août).

S’il est né dans le Nord il y a 44 ans, Romain Barras a fait toute sa carrière ou presque à Montpellier. Après avoir remisé les pointes au placard en 2016, l’ancien champion d’Europe du décathlon (2010 à Barcelone) est resté dans l’Hérault d’où il pilote désormais les équipes de France. Une fonction exposée que l’ancien mentor de Kevin Mayer assume avec passion. Sans trembler.

En tant qu’athlète, vous avez tiré votre révérence il y a sept ans. Ne vous arrive-t-il d’avoir des fourmis dans les jambes ?

Vous me parlez de ça parce que Teddy Tamgho va faire son come-back (rires). La réponse est non. Je continue bien sûr à m’entretenir physiquement. Parfois, j’aimerais en faire un peu plus mais je n’ai pas forcément le temps. Avec les déplacements, la charge de travail ou la vie de famille, ce n’est pas évident. Après, je ne dis jamais non à un petit défi avec certains athlètes de l’équipe de France lors des camps d’entraînement. La compétition, le décathlon, c’est tellement exigeant, c’est une vie entière consacrée à ça. Aujourd’hui, je suis passé à autre chose.

Cette autre chose, c’est, depuis 2 ans et demi, le poste de directeur de la haute performance à la Fédération française d’athlétisme (FFA). Vous y sentez-vous bien ?

La plupart du temps très bien. Parce que c’est ma passion, parce que je travaille au quotidien avec des gens que j’apprécie énormément. J’ai la chance d’être bien entouré, de personnes compétentes et d’amis. Ça facilite le travail. Après, il y a des périodes durant l’année qui sont plus stressantes. Je dois prendre des décisions qui ne font pas toujours plaisir. Je suis à un poste où je dois dire non, où je fais la sélection (des équipes de France). Il y a des heureux et quelques malheureux. Toujours. Ce n’est pas forcément très agréable et je n’apprécie pas ce moment. Parce que je sais tout le travail que ça représente d’être athlète de haut niveau. Des choix qu’il faut faire personnellement. Je sais ce que ça fait de ne pas atteindre l’objectif que l’on s’est fixé. Être le décisionnaire de tout ça, même si les critères de sélection sont clairs, même si ce n’est pas moi qui n’aie pas fait le job, c’est l’athlète, je reste l’interface avec lui. Je me passerais volontiers de ces moments-là.

J’essaie d’éviter les réseaux sociaux.

Êtes-vous sensible à la critique, notamment celle des athlètes sur les réseaux sociaux ?

J’essaie d’éviter les réseaux sociaux. Parce qu’il y a les athlètes mais aussi tous les autres qui se permettent de commenter une décision sans en connaître les enjeux, les contraintes, sans même avoir lu les modalités de sélection… Ça me fait doucement rigoler, donc tout ça j’évite. Après, le commentaire des athlètes sur les réseaux sociaux, certains continuent à en faire mais ils sont de moins en moins nombreux. Parce qu’ils ont bien compris que mon bureau était toujours ouvert, 24 h sur 24, sept jours sur sept, 365 jours par an. Chaque fois qu’il y a un avis qui est différent du mien, on peut en discuter. Il y aura toujours une écoute de ma part et de mon équipe. On trouvera des solutions, ils trouveront une explication à ma décision. On peut ne pas être d’accord. Pour le moment, c’est moi qui suis responsable et acte les choses.

Vous discutez quand même avec eux…

Bien sûr. La discussion avec ces athlètes, qui ne sont pas d’accord, amène des réflexions et amène souvent à des évolutions dans notre façon de penser. C’est important de pouvoir échanger et d’avancer ensemble. Les réseaux sociaux, en revanche, ça n’amène rien.

A lire aussi :
Athlétisme / Euro-2018 : Barras – Mayer, le décathlon sans limite

Un peu plus de 70 athlètes ont été sélectionnés pour les Mondiaux de Budapest (19-27 août), soit presque le double par rapport à Eugene… Pourquoi cette évolution en seulement un an ?

Après les Jeux Olympiques, en août 2021, certaines instances (l’Agence nationale du sport notamment) nous ont reproché notre manque de rentabilité. Nous devions remettre de l’exigence dans la sélection pour Eugene, en 2022, pour améliorer cette rentabilité. Pour autant, on ne peut laisser arriver un athlète aux JO de Paris en 2024 sans un minimum d’expérience et vierge de sélections.

C’est-à-dire ?

Un athlète, il faut qu’il apprenne un petit peu avant. Qu’il s’empreigne. On l’a fait l’an passé après Eugene, lors des Championnats d’Europe à Munich. Et c’est ce que l’on va encore faire à Budapest lors des prochains Mondiaux. Nous raisonnons à plus long terme. La vie ne s’arrêtera pas après les Jeux Olympiques de Paris 2024. On va continuer à Los Angeles en 2028, puis en 2032. On a le devoir de préparer la suite. De ne pas se retrouver avec une génération perdue. Ce qui a parfois été le cas par le passé en raison d’une politique trop élitiste.

À Budapest et plus encore à Paris, vous serez tout de même jugé sur le nombre de médailles. Avez-vous un Léon Marchand (triple champion du monde de natation) dans la manche ?

À Paris, il faudra d’abord mettre du bleu dans tout le stade. Il faudra des Français dans tous les concours. Pour lancer la dynamique. L’engouement populaire peut ensuite les transcender. 2024, c’est dans un an. C’est très court mais ça peut aussi être très long. On peut avoir des athlètes, aujourd’hui classés entre la 10e et la 20e place mondiale, qui se révèlent. Il peut y avoir des progressions fulgurantes.

Comme celle de Wilfried Happio ?

De presque inconnu, il est passé au 4e rang sur le 400 m haies, il y a un an à Eugene. Ça existe, ça arrive. A fortiori avec des Jeux à la maison. Pour en revenir à Léon Marchand, nous n’avons malheureusement pas d’athlète dominant comme lui. À part peut-être Kevin (Mayer).

L’absence de médaille d’or à Paris serait-elle un échec pour l’athlétisme français ?

Pour moi non. Je ne peux pas borner ma réflexion à ce que disent les journalistes ou les institutions. À mon niveau, je dois dépasser cette réflexion un peu simpliste. L’important, c’est ce que fait un athlète le jour J, son comportement, son résultat par rapport à lui-même, sa valeur. On ne sélectionne pas que des athlètes qui vont faire des médailles. Malheureusement ou heureusement. On a des athlètes qui sont 25e mondial et qui finiront peut-être 12e. Vu le contexte mondial et l’universalité de notre sport, ce sera alors une grosse performance. Chacun son niveau. Quand il porte le maillot de l’équipe de France lors d’un grand championnat, un athlète doit au moins réaliser sa meilleure “perf” de la saison, si possible battre son record, voire aller chercher une médaille. Mais ne raisonner que par rapport à une médaille, c’est lui faire injure.

Les Anglais ont commencé à préparer 2012 en 1998. Nous, on s’est réveillé il y a 4, 5 ans

En 2012, à Londres, les Anglais avaient écrasé tout le monde. Pourquoi la France n’y arriverait-elle pas en 2024 ?

Eux ont commencé à préparer les Jeux de 2012 en 1998, 2000. Nous, on s’est réveillé il y a 4, 5 ans…

Un bon résultat, la semaine prochaine à Budapest, ce serait quoi ?

Que les trois quarts de la sélection élèvent son niveau et augmentent son classement au ranking mondial.

Quel discours allez-vous tenir aux athlètes lors du rassemblement (le 15 août) prévu à l’Insep, juste avant le départ ?

Ça durera trois, quatre minutes, pas plus. Je leur parlerai de convictions, de passion et de valeurs. Parce que c’est ce qu’il reste au-delà de tous les résultats sportifs. C’est ce que l’on construit, ce que l’on transmet aux générations futures.



Source link

Elodie Dumas

Bonjour, je suis Elodie Dumas, une rédactrice d'articles en ligne qui dévoile le monde à travers ses mots. Ma formation à l'École Centrale de Nantes a façonné ma plume et éveillé ma passion pour l'écriture. Je parcours la toile avec des récits internationaux, explorant la culture, la société, et le monde du crime. Passionnée de sport et de voyages, j'explore aussi les coins les plus reculés. Mon engagement envers la transparence guide chacun de mes articles, apportant une authentique lumière à chaque sujet. Rejoignez-moi dans cette aventure où les mots peignent des images vives de cultures lointaines, de mystères criminels et d'horizons lointains.

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button