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La sylvothérapie ne se résume pas à faire des câlins aux arbres … – Le HuffPost


ac productions / Getty Images/Tetra images RF

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Enlacer un arbre n’a pas forcément de vertus. Se balader en forêt, oui.

BIEN-ÊTRE – Plutôt hêtre ou bouleau ? Le 29 juillet dernier, l’Écosse a accueilli une compétition un peu spéciale : le championnat du monde de… Tree Hugging (enlacer des arbres), selon la BBC. Ce concours – remporté par Martina Sanchez Wilson – a été créé dans le but de remonter le moral des gens pendant la pandémie de Covid et de trouver dans les forêts un moyen d’apaiser le stress.

Il renvoie surtout à une pratique venue du Japon, à laquelle est souvent associé le fait de câliner des arbres : la sylvothérapie, popularisée par le docteur Qing Li, médecin immunologiste à l’Université de Médecine de Tokyo. Mais cette pratique ne consiste absolument pas à enlacer un pin, un sapin ou encore un chêne feuillu.

« Ça nous énerve beaucoup et ça nous fait passer pour des gens complètement perchés », tacle Florence Guérin, une ancienne chirurgienne-dentiste reconvertie en sylvothérapeute que Le HuffPost a contactée. « Mais bon, ça fait parler de nous. Ça attire quand même des gens. Donc on tolère. »

Il s’agit donc là d’un cliché attribué aux adeptes de la sylvothérapie. Sur le plan médical, un câlin aux arbres ne fait pas plus de bien qu’une balade en forêt. Ce qui n’empêche pas cette pratique d’être en plein essor en Europe depuis quelques années, plus particulièrement depuis la pandémie de Covid-19.

Si ses adeptes – dont fait partie la princesse de Galle, Kate Middleton, selon The Guardian – y décèlent de nombreux bénéfices, elle est loin de faire consensus dans le monde médical et scientifique. La sylvothérapie est classée parmi les pratiques de soin non conventionnelles par l’ordre des médecins et mentionnée dans un article de l’INSERM qui alerte sur les pseudo-médecines pouvant donner lieu à des dérives sectaires.

Grégory Ninot, président de la Société savante des interventions non médicamenteuses cité par l’INSERM, l’assure auprès du HuffPost : marcher dans la forêt, ça ne peut pas faire de mal. Mais il ajoute : « De là à dire que cette pratique est une intervention non médicamenteuse, des études cliniques démontrant l’efficacité sur des marqueurs de santé sont nécessaires (…). Aucune étude ne démontre de bénéfice de cette pratique sur la santé. »

Utile contre le stress et l’anxiété ?

Mais en quoi consiste exactement la sylvothérapie ? « À mettre en contact des individus avec des environnements forestiers, ou a minima des arbres, dans un processus de soin ou de bien-être », selon la chercheuse en psychologie environnementale Alix Cosquer, autrice du livre La Sylvothérapie, aux éditions Que Sais-Je. Le tout au travers de nombreuses pratiques et activités.

Par exemple, les séances proposées par Florence Guérin consistent en une promenade de 3 à 4 heures extrêmement lente où l’on réveille ses sens, pendant laquelle « on peut faire de la méditation, du yoga, des créations en commun comme des mandalas ou des petites constructions ». Elle adapte ses séances en fonction des problématiques de chacun. Des sessions de 2 à 3 jours, appelées « bains de forêts », existent aussi.

Selon elle, la sylvothérapie est efficace contre le stress, l’anxiété, la dépression, et permet une reconnexion à la nature, un lâcher-prise ou encore un réveil des cinq sens. Des propos appuyés par Alix Cosquer : « On observe une détente physiologique de l’organisme, une baisse de la fréquence cardiaque ou encore une baisse du taux de cortisol. Mais les résultats des études peuvent varier selon les différents contextes. »

Un bienfait sur le taux de cortisol remis en question par Marie-Pierre Moisan, neuroendocrinologue à l’université de Bordeaux, dans un article du Le Figaro. Elle explique que « le cortisol est une hormone dont la fabrication dépend de différents types de stimulations dont, entre autres, le stress psychologique ». Il peut effectivement être un bon indicateur du niveau de stress, mais « il est très difficile à mesurer car il varie énormément au cours de la journée. Sans compter que deux personnes ayant exactement la même hygiène de vie peuvent ne pas avoir un taux de cortisol de base équivalent », détaille-t-elle.

Pas d’effets prouvés sur le système immunitaire

Selon les adeptes de la sylvothérapie, ses bénéfices sont possibles grâce à une multitude de facteurs, comme la vision de certaines couleurs, le contact de l’écorce et de la terre qui génèrent une forme d’apaisement et de détente. « Les arbres produisent des substances qui agissent sur le système immunitaire, sur la circulation sanguine, sur la production de sérotonine et de mélatonine… », avance Florence Guérin.

« C’est une médecine préventive et d’accompagnement, admet-elle. Dire que ça peut soigner un cancer serait une faute professionnelle. Mais cela peut aider à la reconstruction après une chimiothérapie. »

Là aussi, il n’y a pas de consensus scientifiques. Selon une étude menée par le docteur Qing Li, les bains de forêt augmenteraient le nombre de cellules tueuses. Une recherche qu’il a menée auprès d’un échantillon de… treize personnes. Et l’augmentation du nombre de ces cellules ne permet pas forcément de conclure à un renforcement du système immunitaire.

Le Figaro a également interrogé le médecin François Morel, animateur de la chaîne de vulgarisation médicale Primum non Nocere sur YouTube. Selon lui, le nombre de cellules tueuse « varie d’un jour à l’autre et d’un individu à l’autre ». « Il se peut même que la variation [que Qing Li] observe se situe dans la fourchette normale. Enfin, on ne peut pas dire que les cellules tueuses naturelles soient un bon indicateur de l’état du système immunitaire puisqu’elles représentent sans doute la frange la moins importante de l’immunité humaine », ajoute-t-il.

Les réserves des scientifiques

Alix Cosquer émet également des réserves sur cette pratique. « Les études n’existent pas forcément dans des perspectives européennes, mais plutôt asiatiques », explique-t-elle avant de continuer : « Ce ne sont pas les mêmes forêts. Les composés chimiques des essences que l’on connaît en France sont peu étudiés par rapport à ceux en Asie. »

Qui plus est, les études se concentrent chacune sur un facteur différent. Et les résultats varient en fonction des pratiques, du groupe, du passif médical de chacun ou encore du type de milieu forestier.

Elle ajoute : « Il n’y a pas beaucoup d’études qui montrent les effets d’un accompagnement d’un groupe en forêt. Je ne sais pas si prendre un guide a plus de bénéfices que d’y aller seul ». Mais la chercheuse reconnaît que l’accompagnement permet de faciliter la mise en contact avec ces milieux. Le fait d’être en groupe permet aussi d’ancrer un peu plus l’expérience, qui sera plus marquante si elle est partagée avec d’autres.

Mais la sylvothérapie ne se repose pas uniquement sur des faits qui ne sont pas prouvés scientifiquement. « En forêt, on respire un meilleur oxygène, tout simplement », rappelle à juste titre Florence Guérin. Et « la simple mise à l’écart du quotidien rapide et stressant a des effets positifs », ajoute Alix Cosquer.

Qui plus est, des pratiques comme la méditation en pleine conscience – qui peut être proposée lors d’une séance de sylvothérapie – a de réels effets positifs sur le stress, selon le ministère de la Santé. Et les câlins aux arbres, dans tout ça ? Rien ne vous empêche d’enlacer un sapin au détour d’une balade en forêt. Mais si vous souhaitez de réels bénéfices pour la santé, préférez les câlins entre humains.

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Hugo Dupuis

Dans un monde peint de nuances d'encre et d'imagination, je suis Hugo Dupuis, un Spécialiste du Blogging, en équilibre à la croisée de l'exploration et de l'expression. Avec les salles de l'Institut Catholique de Toulouse comme ma creuset créatif, j'ai forgé un chemin où les mots deviennent des fenêtres ouvertes sur des contrées indomptées. Du plateau géopolitique à la délicate tapisserie de la nature, de l'arène rugissante aux couloirs secrets du divertissement, mon clavier danse au rythme des histoires en attente d'être racontées. La transparence est mon étoile guide, illuminant chaque récit de la brillance de l'authenticité. Alors, entrez dans ce royaume d'encre et d'idées, alors que nous nous embarquons ensemble dans un voyage à travers le labyrinthe de la politique mondiale, la symphonie de l'environnement, le frisson du sport et l'énigme du showbiz.

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