Technologie et Science

À Gaujacq, Jean Thoby, l’homme qui fait chanter les camélias – Sud Ouest


Dans les Landes, on ne présente plus Jean Thoby. Avec son épouse Frédérique, tous deux pépiniéristes paysagistes depuis plusieurs générations, ils ont transformé les jardins du château de Gaujacq en éden botanique et en laboratoire du végétal. Créé en 1986 et planté de quelque 3 000 variétés, le « Plantarium » constitue une réserve à l’état naturel dédiée à l’acclimatation, à l’hybridation des plantes, évidemment cultivées « dans le plus grand respect de la nature végétale et animale ».

Dans les Landes, on ne présente plus Jean Thoby. Avec son épouse Frédérique, tous deux pépiniéristes paysagistes depuis plusieurs générations, ils ont transformé les jardins du château de Gaujacq en éden botanique et en laboratoire du végétal. Créé en 1986 et planté de quelque 3 000 variétés, le « Plantarium » constitue une réserve à l’état naturel dédiée à l’acclimatation, à l’hybridation des plantes, évidemment cultivées « dans le plus grand respect de la nature végétale et animale ».

Surtout, le Plantarium est réputé pour ses camélias : plus de 2 000 variétés, dont deux pieds issus de plants mères commandés par Gabriel Chanel. Une expertise qui a séduit la maison de parfum pour un partenariat noué, notamment, autour de Camellia Japonica Alba Plena. Bref, si Jean Thoby est un passionné, voire un monomaniaque du végétal, c’est aussi et surtout une sommité dans sa branche, un expert jugé sérieux, renommé et reconnu.

Bizarre ?

Mais quand il a commencé à faire « chanter les plantes » et organiser des concerts botaniques à travers champs, la frontière du bizarre sembla franchie. Sauf qu’en Chalosse, fougères et spathiphyllum ont continué à pousser la chansonnette. Dans la foulée des symphonies chlorophyliennes, un livre, « Le Chant secret des plantes », a suivi, et des disques : la musique des orchidées, ou encore le son du lierre des bois.

Et puis, quand même, un Festival international de la musique des plantes. Le premier s’est tenu à Paris en 2017. Force est de constater, à la lecture du programme et de la liste des intervenants, que le discours est argumenté, appuyé sur des analyses scientifiques. Parmi les experts appelés à la barre des fougères, notamment, Ernst Zürcher, ingénieur forestier, professeur et chercheur spécialiste en sciences de bois, ou Marc Henry, professeur des universités, docteur ès sciences, expert en chimie et physique quantique. Bref, le festival 2023, à Gaujacq, nous faisait des appels de phare : trois jours de conférences, démonstrations et concerts, suivis de deux jours de master class et formation en « musicothérapie botanique ».

Expérimentations

Cela se passe à guichets fermés, sous un grand chapiteau. Sur scène, Jean Thoby. Et des plantes en pot, branchées au niveau du feuillage et de la terre. Nous y voilà. Le pépiniériste se lève, brumise la plante et, là, une musique jaillit, comme surgie d’une autre planète. Et ce n’est que le début du bizarre. Avec force documentations, le pépiniériste retrace les expérimentations menées à Gaujacq et théorisées par les scientifiques. De temps à autre, la fougère ajoute sa contribution sonore.

À la fin de sa prestation, le public applaudit et brûle de questions. On s’approche du maître chanteur. « Concrètement, comment ça marche ? » Le pépiniériste rebranche la plante, et c’est reparti… « Elle a envie de parler », sourit-il. Ok, ok… Donc ? En fait, il n’y a rien de magique. « L’activité électrique des plantes a été découverte par le physicien Jagadish Chandra Bose en 1902. » Et c’est précisément cela qui intéresse le Landais, « l’activité électrique de surface », ce qu’il appelle « la phytoneurologie ». « On considère que certaines cellules végétales au niveau des racines se comportent comme des neurones. Et, donc, l’appareil va décoder la différence de potentiel entre les deux points relevés par les sondes. Cela donne une ondulation. »

« Et si on n’y comprend rien, on passe un bon moment à écouter la musique des plantes »

Ondulation qui, par transcodage, donne un son. Mais les plantes ont une autre façon d’être sonores, par « calcul mathématique des valeurs de masse de chaîne protéique ». Enfin, elles produiraient aussi des ultrasons pour communiquer avec leur environnement. Mieux, les végétaux seraient aussi branchés « sur nos propres ondes cérébrales ».

Applications

Au-delà de l’approfondissement des connaissances, ces découvertes pourraient avoir différentes applications. Notamment en bien-être, avec la musicothérapie botanique. Enfin, et c’est le volet développé à Gaujacq : la bio-optimisation. En clair, une alternative à la chimie en traitant les plantes via… de l’eau informée après enregistrement des sons. C’est tout l’objet d’un symposium organisé à l’automne.

« Et si on n’y comprend rien, on passe un bon moment à écouter la musique des plantes », sourit Jean Thoby. D’autant plus que celles-ci interagissent avec le musicien, ainsi que le prouve le groupe ariégeois Keryda, composé d’une harpiste et d’un contrebassiste, le troisième musicien étant une lavande.

Vous avez dit bizarre ? Oh, pas autant que le récit de Marc Henry, le chimiste : après un accident cardiaque, il a transcrit les molécules de son ordonnance médicale en partition. Tous les matins, il écoute les plantes chanter sa symphonie baptisée « Cœur de Lune ».



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Theo Lefevre

Dans le vaste océan du cyberespace, je suis Théo Lefèvre, un Journaliste Web captivé par les histoires qui se tissent à travers les fils numériques. Mon parcours à l'Université Américaine de Paris a façonné ma plume, tandis que mes curiosités se dévoilent à travers la science et la technologie, le monde des affaires, et l'athlétisme. Porté par mon passé de passionné de sport et d'économie, chaque article que je compose est un reflet transparent de mon engagement envers l'authenticité. Joignez-vous à moi pour explorer les méandres de l'innovation scientifique, les intrications du monde des affaires et les défis du terrain d'athlétisme, tout en partageant un voyage honnête et stimulant à travers mes écrits.

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