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20 ans plus tard : que penser du rookie LeBron James ? – QiBasket


LeBron James incarne l’évolution du jeu et la transformation de la NBA. Scouting report du joueur qu’il était en 2003 et retour sur un joueur en quête d’identité.

Si beaucoup considèrent que Stephen Curry est le joueur qui a le plus transformé la NBA ces 20 dernières années, dans des discussions de bar, d’un dimanche matin sur le comptoir d’une buvette de DM3, je m’applique souvent à nuancer le propos.

Oui, avec Steph, la focale s’est (trop) concentrée sur les trois points. Parfois même à en oublier cette fameuse attaque de raquette, si efficace. Mais LeBron James a tout autant changé la ligue par sa polyvalence, définissant un nouveau modèle de « Franchise Player ».

Avant de dresser sa fiche de « scouting », je vous propose que l’on garde en permanence une question en tête. En quoi son jeu de 2003 montre à quel point il est né dans un moule qui n’était pas le sien ? Et, par extension, on comprendra qu’on a dû créer un nouvel habit pour lui, plus large, que bien d’autres ont essayé de draper par la suite.

 

Où en est la NBA en 2003 ?

A quoi ressemblait la grande ligue à cette époque ? Pas de DeLorean à disposition, mais des articles et des souvenirs devraient nous remettre dans le contexte. 2003, c’est évidemment l’année de la dernière saison de Michael Jordan. On amorce un exercice 2003-2004, qui devait être dominé par un projet gargantuesque unissant Shaquille O’Neal, Kobe Bryant, Gary Payton et Karl Malone à Los Angeles. Enfin, presque, puisqu’entre les blessures de Malone et les affaires judiciaires du digne Kobe Bryant, les nouveaux bad boys de Detroit fileront au titre grâce « aux » Wallace(s), à Prince et Hamilton sur les ailes et à l’iconique Chancey Billups.

Nous sommes dans une mouvance extrêmement défensive qui vient de voir les Spurs de San Antonio remporter le titre avec Tim Duncan et David Robinson. En affichant une moyenne de 87.8 points, seulement 4 trois points marqués par match et une pace de 87.8. D’ailleurs, pour les plus matheux d’entre vous, quand on marque 87.8 points à une pace de 87.8 points, nous obtenons un offensive rating* de ? 100, il fallait l’inventer. Pour vous donner un ordre d’idée, la moins bonne équipe de la NBA en 2022-2023, les Charlotte Hornets, était à 108.4 d’offensive rating. On ne peut pas vraiment dire que l’attaque de cette époque était optimisée.

Si je devais résumer le jeu de 2003, je vous dirais que le sacro-saint Pick and Roll, dans lequel notre cher King va devenir maitre, n’existe que trop peu et les attaques tournent principalement autour de 3 schémas de jeu : l’isolation, le post-up et le démarquage à mi-distance.

 

Avant la draft de 2003, quel scouting report pour LeBron James ?

Au-delà de ces quelques stats et de cette mise en contexte, il faut bien comprendre que les athlètes sont vus comme des joueurs de registre. Les bons passeurs sont des meneurs, les bons shooteurs sont des ailiers, les scoreurs sont des scoreurs, etc. Là où aujourd’hui les rôles sont définis pour les roles players, à l’époque ils l’étaient également pour les stars.

C’est dans ce contexte que les scouts découvrent dans l’Ohio ce gaillard de 2m03 qui adore shooter à mi-distance, qui de tout évidence est un scoreur, mais qui aime faire jouer ses coéquipiers comme un meneur de jeu. Les archives de NBA Draft.net permettent d’en savoir plus :

NBA comparaison : Magic Johnson.

Sa vision et ses passes sont ce qui le différencie des autres. Un joueur combinant cette taille, et cette qualité de passes est rare. Le seul joueur à qui se référer dans le passé est Magic Johnson. Il n’y a pas plus de 5 joueurs dans la NBA qui ont son skills de passe. Mais en plus de ça, c’est un phénomène physique. Le ciel est vraiment son plafond. Son corps est déjà NBA Ready, il peut démarrer comme meneur de jeu, mais il sera sans doute poste 2 ou 3. Mais vous voulez juste que toutes les attaques passent par lui.

« Il peut démarrer comme meneur de jeu, mais il sera sans doute poste 2 ou 3. » On saisit bien toute l’ambivalence dans laquelle il doit être positionné. Et il faut comprendre les scouts de l’époque. Ce genre de spécimens physiques sont avant tout dédiés au scoring. Les Kobe, McGrady, Carter sont avant tout des scoreurs, très portés sur le mi-distance, avec peu de création. Et c’est ce que l’on va attendre de lui. Faire un choix entre les trois plays rois de la ligue : l’isolation, le post up et le mi-distance.

 

Meneur, arrière, ailier ? Quelles qualités d’organisateur ?

Pour réaliser cet article, un visionnage détaillé de son premier match sous la tenue des Cleveland Cavaliers contre les Kings a permis d’y voir plus clair. Et je vous propose que l’on s’appuie dessus pour dérouler l’analyse.

Avec le temps, LeBron James est fondamentalement devenu un meneur de jeu. Pour ses meilleures années, son pourcentage d’assist produites quand il est sur le terrain est égal ou supérieur à Jason Kidd. En carrière, Kidd est à 38%, LeBron à 36%. Le top de LeBron grimpe même à 47%, là où celui de Kidd s’arrête à 44%.

 

Lors de son premier match, il est présenté comme un meneur de jeu. Il démarre avec Ricky Davis (SG), Darius Miles (SF), Carlos Boozer (PF) et Žydrūnas Ilgauskas (C).

Et effectivement, il initie la première action. Mais dans les faits, c’est plus Ricky Davis qui prend la mène, voire Darius Miles. Et on comprend vite pourquoi. Les possessions où il mène sont assez brouillonnes et on ressent vite son manque de fondamentaux, probablement dû à ce rude passage de High School à la NBA :

  • A 12-16, on le voit remonter la balle et la moindre pression de Mike Bibby provoque un turnover.
  • A 14-22, trappé par Divac sur une pression de Bibby, il est à rien du turnover,
  • A 40-58, il est incapable de résister à la pression de Doug Christie,
  • A 64-75, son pick and roll avec Boozer est totalement stérile.

Quatre actions – dans un match où le volume d’offensives initiées est plutôt faible – qui se terminent toutes en eau de boudin. Dans une équipe où il n’est pas la première option (Ilgauskas post-up), on réalise rapidement que malgré le profil décrit, il est encore très light pour organiser le jeu. On est bien loin de l’assurance, du skills et du décortiqueur de défense qu’il est devenu avec le temps. Le front-office des Cavaliers va vite en prendre acte et le repositionner au poste d’ailier. Le 21 janvier 2004 Darius Miles est transféré aux Blazers contre Ruben Boumtje-Boumtje et, surtout, Jeff McInnis qui prend la mène pour les 31 matchs restant de la saison, cumulant à 7.5 passes décisives par rencontres sur la période.

 

Quelle identité au scoring ?

L’autre aspect sur lequel il est attendu, c’est évidemment sa capacité à mettre des points. Et dans une ligue où les stars sont, comme évoqué, des Kobe, McGrady, Carter et autres Iverson, on ressent rapidement cette influence sur son jeu. Il est un arrière typique de ces années. Dans cet affrontement face aux Kings, on peut déduire un style très inspiré de Kobe Bryant avec beaucoup de démarquage à mi-distance, de « un dribble et shooter », et cette volonté d’imposer un rythme plus lent par ce tir-là. Cette option va d’ailleurs impacter la vitesse de jeu des Cavs passant d’une pace de 94 en 2002-2003 à 90.8 en 2003-2004.

Durant son année rookie, LeBron prend 51% de ses tirs à mi-distance, contre environ 27% dans son prime, si nous pouvons admettre que son second passage à Cleveland est à minima sa meilleure période offensive. Un choix peu payant, puisqu’il n’est que dans le 30e percentile des joueurs les plus efficaces au shoot sur son poste sur la saison. Autrement dit, dans le tiers le plus faible de la ligue.

Parallèlement, les premiers traits du LeBron que nous connaissons tous sont déjà là.

Le coté slasher existe. Face aux Kings, quelques flashs laissent espoir. Un superbe floater à 52-65 annonce son touché caractéristique. Mais, et c’est la principale différence avec ce qui imprimera les mémoires quelques années plus tard, nous n’avons aucun de ses go-to-play : pas de drive and kick, pas de dunk demi-terrain. Le double intérieur l’explique, et ça ne l’empêche pas d’être créatif comme sur ce panier de Chris Mihm à 36-52 avec un bijou de passe. Mais pour cette première saison, LeBron n’attaque le cercle que 35% du temps, contre 50% entre 2015 et 2017.

 

Finalement, cela donne un attaquant peu efficace, voire extrêmement peu efficace, en opposition avec le monstre qu’il va devenir. Et j’aimerais l’expliquer par deux choses : un joueur qui essaye de rentrer dans une case qui n’est pas faite pour lui, celle des scoreurs de son temps, et le manque de fondamentaux liés au passage NBA sans case NCAA.

Ce qui le sauve offensivement c’est son jeu de transition dantesque. Les quelques images ci-dessous vous permettront d’y voir plus clair, mais c’est un one-man-show. Tout l’éventail du grand joueur d’attaque y est. Que ce soit par des passes alley-oop avec Ricky Davis, des finitions, de la distribution, il ne fait aucun doute de ses capacités. Le seul visionnage de la rencontre contre les Kings fait sentir l’urgence de l’entourer de shooteurs de transition. JR Bremer, meneur de poche oubliable (100 matchs) réalise même son record de trois points ce jour-là (6) et le recrutement de McInnis alla en ce sens (39% de réussite à trois points avec les Cavs).

Quid de la défense ?

Souvent raillé, parfois adulé, notamment au Heat, pour ses capacités défensives, qu’en est-il ? Un peu comme pour le reste, on ressent le passage de High-School à la NBA. S’il est annoncé comme meneur de jeu, c’est Ricky Davis qui s’occupe du cas Mike Bibby dans cette rencontre. LeBron se chargeant du cas moins énergivore de Doug Christie. On sent rapidement que ce n’est pas une trouvaille de ce coté de terrain. Sur la première action, il est extrêmement actif, comme pour donner le ton, mais sur le reste de la rencontre il va principalement exister par des coups d’éclat lui permettant de briller en transition. Il manque cruellement de concentration. Son effort défensif se résume à ses quatre interceptions. Dans le détail on peut noter une inactivité criante sur les possessions off-ball, à la limite du « je m’en foutisme » quelques fois, capable d’être pris de vitesse par Peja Stojakovic (sortez vos meilleurs memes).

Il est déjà un joueur qui fonctionne à l’énergie, une tendance qui se confirme tout au long de sa carrière. Il n’y a bien qu’au Heat qu’il trouva de la constance dans l’effort.

 

En quoi LeBron a transformé la NBA ?

Rappelez-vous la question que la petite voix dans votre tête devait vous poser tout au long de l’article : « En quoi son jeu de 2003 montre à quel point il est né dans un moule qui n’était pas le sien ? ». Ce scouting sur le LeBron de 2003 est avant tout celui d’une époque. Comme chaque être social, et tout King qu’il est, LeBron s’inscrit dans un contexte global qui le surplombe, particulièrement pour un rookie de 18 ans. Alors qu’il est un meneur de jeu créateur d’espace inédit pour des shooteurs, son inefficacité dans l’organisation le pousse vers des registres qui sont ceux d’autres joueurs : le mi-distance à outrance, la restriction du drive, la faible utilisation de pick and roll, les démarquages sans ballon, etc.

Ses aptitudes complètent vont définir un nouveau standard de franchise player : scoreur, passeur, voire connecteur. Ce que certains appellent le modèle héliocentrique. C’est ce modèle qui a transformé la NBA, passant d’attaques de système, à des free flow ouverts, instaurant la notion de spacing, et augmentant drastiquement la pression sur les « franchise player ».

 

*Offensive rating : le nombre de points marqués pour 100 possessions.



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Elodie Dumas

Bonjour, je suis Elodie Dumas, une rédactrice d'articles en ligne qui dévoile le monde à travers ses mots. Ma formation à l'École Centrale de Nantes a façonné ma plume et éveillé ma passion pour l'écriture. Je parcours la toile avec des récits internationaux, explorant la culture, la société, et le monde du crime. Passionnée de sport et de voyages, j'explore aussi les coins les plus reculés. Mon engagement envers la transparence guide chacun de mes articles, apportant une authentique lumière à chaque sujet. Rejoignez-moi dans cette aventure où les mots peignent des images vives de cultures lointaines, de mystères criminels et d'horizons lointains.

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