Santé

Endométriose : le test salivaire de diagnostic, « une avancée révolutionnaire » – Le Point



« Ce manège a duré sept ans », raconte Vanessa, 39 ans. Les années qu’il a fallu aux médecins pour lui annoncer, enfin, qu’elle souffrait d’endométriose, la jeune femme les a senties passer. Son calvaire commence dès ses premières règles, à 15 ans. « À chaque cycle, j’étais littéralement pliée en deux. » Pas de quoi émouvoir les blouses blanches. « On me disait que c’était normal et qu’il ne fallait pas s’inquiéter », se souvient Vanessa. Facile à dire.

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Les années passant, la douleur prend toute la place. Elle commence à avoir mal en dehors des périodes de règles, et même à souffrir de vomissements. « Plusieurs fois, j’ai fini aux urgences. Les médecins pensaient à l’appendicite. J’en avais tous les symptômes, mais la prise de sang ne montrait rien. J’ai passé quantité d’échographies et d’IRM, sans en savoir plus. » Pendant ce temps-là, sa qualité de vie se dégrade.

Chaque mois, elle manque plusieurs journées de cours. Ses rapports sexuels sont douloureux. La seule réponse proposée par le corps médical est hormonale. Vanessa essaie plusieurs pilules contraceptives. Aucune ne l’apaise. À 22 ans, elle se retrouve pour la énième fois aux urgences. « Le gynécologue, sans me faire passer d’examen, m’a dit : “Je vous opère demain, vous devez avoir un kyste.” »

Le compte rendu qu’elle reçoit, à la suite de l’intervention, fait état de l’ablation d’un kyste d’endométriose. Première nouvelle. « Je suis tombée de haut. J’ai fait des recherches sur Internet et lu des choses sur l’infertilité. Cela m’a fait peur et déprimer. Mon médecin, lui aussi, m’a dit que je n’aurais pas d’enfants. » Un bien sombre tableau qui s’est heureusement révélé faux : à 28 ans, dans le cadre d’un parcours d’aide médical à la procréation, elle accouche de jumeaux, et d’un troisième enfant quelques années plus tard.

Fixée en dix jours

Le cas de Vanessa n’est pas une exception, il est la règle. En 2024, il faut toujours en moyenne six à dix ans pour s’entendre dire que l’on est atteinte d’endométriose. Mais c’est peut-être la fin d’une époque. Ces années de souffrance physique et psychologique pourraient être épargnées aux 15 % de femmes touchées par la maladie grâce à un tout nouveau test diagnostic salivaire. Baptisé Endotest, il vient d’être validé scientifiquement par la Haute Autorité de santé (HAS). Avec lui, pas de tergiversations sans fin. En dix jours, femmes et médecins sont fixés.

À LIRE AUSSI Endométriose : comment en finir avec les dérivesPetit rappel anatomique : dans l’endométriose, des cellules de l’endomètre – la muqueuse qui tapisse l’utérus – migrent à des endroits incongrus. Au moment des règles, des cellules sont expulsées « dans le mauvais sens » par les trompes et passent dans la cavité abdominale. Ce reflux, en tant que tel, est physiologique et n’a rien d’anormal. Dans les cas non pathologiques, il ne concerne que quelques cellules, habituellement résorbées par le système immunitaire.

Mais chez les femmes atteintes d’endométriose, la forte puissance des contractions utérines produit un flux de sang plus important. En grand nombre dans la cavité abdominale, les cellules de l’endomètre deviennent des agresseurs. Les capacités du système immunitaire sont dépassées. Les cellules peuvent alors se développer un peu partout dans le ventre et former des foyers d’endométriose.

À LIRE AUSSI Cancer : ce petit détail qui sauvera des millions de viesDe manière beaucoup plus rare, elles peuvent quitter la cavité abdominale et migrer dans tout le corps – cerveau, sein, orbites… – en empruntant les voies sanguine et lymphatique. À chaque fois que les cellules de l’endomètre se développent ailleurs que dans la cavité utérine, le système immunitaire réagit en produisant de l’inflammation pour tenter d’endiguer le phénomène. Les tissus soumis à cette inflammation chronique finissent par s’épaissir.

Traiter une énorme quantité de données

Pour élaborer son test, l’équipe du professeur Sofiane Bendifallah, chirurgien gynécologue à l’Hôpital américain de Paris, à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine), n’a pas cherché du côté du ventre mais de la bouche, en raison des micro-ARN qu’elle renferme à foison. « Dans la salive, on retrouve des millions de micro-ARN, qui sont autant de millions d’informations sur un individu, explique le médecin. C’est un livre ouvert sur la santé, car les ARN sont intimement liés aux mécanismes des maladies. »

À charge, ensuite, pour l’intelligence artificielle de traiter cette énorme quantité de données – l’équivalent d’un fichier de quatre gigaoctets dans un prélèvement salivaire – et de reconnaître la signature épigénétique de l’endométriose, « comme elle reconnaît un visage grâce à des points spécifiques », compare le professeur Bendifallah, qui travaille sur les ARN depuis une dizaine d’années.

À LIRE AUSSI Se mobiliser pour la santé des femmesLa finesse de son mode de détection fait d’Endotest un dispositif particulièrement robuste : l’étude parue en 2023 dans le New England Journal of Medecine, menée sur plus de mille patientes dans des centres de référence de l’endométriose, a montré que ses résultats étaient fiables et reproductibles à 95 %.

« C’est une avancée révolutionnaire pour les femmes », se réjouit le docteur Érick Petit, radiologue expert de l’endométriose, fondateur du Centre de l’endométriose à l’hôpital Saint-Joseph (Paris, 14e), président du réseau Resendo et membre du comité de pilotage de la stratégie nationale contre l’endométriose, qui a participé à l’étude. « La question la plus importante est de savoir si le test est aussi performant sur les formes précoces, dites superficielles, qui représentent 80 % des patientes que sur des formes très sévères de la maladie », note le Dr Petit.

Les radiologues véritablement formés à la détection des lésions d’endométriose ne sont pas assez nombreux. Avec tout cela, on perd des années.Docteur Érick Petit, fondateur du Centre de l’endométriose à l’hôpital Saint-Joseph

Pourquoi aujourd’hui, le diagnostic est-il si long ? À cette question, le docteur Érick Petit soupire. « Un interrogatoire adapté pourrait orienter vers l’endométriose mais les professionnels de santé, dans leur très grande majorité, ne savent pas écouter les symptômes. Ils sont trop nombreux à considérer qu’il est naturel pour les femmes d’avoir mal pendant leurs règles et qu’une plainte persistante est d’ordre psychologique. Quant à l’examen gynécologique, même bien mené, il permet difficilement de déceler l’endométriose », explique-t-il.

Le diagnostic repose sur l’imagerie. L’échographie endovaginale est l’examen de référence. L’IRM permet aussi, dans un deuxième temps, d’explorer. Mais là encore, facile de passer à côté dans les deux cas. « Que ce soit avec l’échographie ou l’IRM, la pathologie étant millimétrique, le risque d’erreur est de 50 %. Qu’on le veuille ou non, il y a une grande part de hasard », assure le professeur Sofiane Bendifallah. La faute, aussi, à l’incompétence de certains spécialistes. « Une fois encore, les radiologues véritablement formés à la détection des lésions ne sont pas assez nombreux. Avec tout cela, on perd des années », déplore le docteur Petit.

À LIRE AUSSI Espérance de vie en France : 7 questions sur un paradoxeReste à décider comment cette nouvelle technologie sera mise au service des femmes. La Haute Autorité de santé (HAS) souhaiterait placer le test salivaire en aval de l’imagerie. Une stratégie diagnostique soutenue par le radiologue. « Dans un premier temps, pour que le recours à ce test ne soit pas galvaudé, il faudrait en effet sûrement l’utiliser dans des cas complexes, si et seulement si l’examen radiologique n’a pas permis d’y voir clair, estime-t-il. Mais c’est un protocole qui peut être contesté. »

L’analyse sur la base des micro-ARN ne se substituerait de toute façon pas à l’imagerie. Elle seule permet d’établir une cartographie de la maladie. « Une fois le diagnostic posé, il faut chercher à savoir où sont situées les lésions anatomiquement », rappelle Érick Petit.

« Proposer un suivi de la douleur précoce »

La HAS, aussi convaincue soit-elle de l’intérêt technologique d’Endotest, en veut de toute façon plus. Dans son avis, rendu le 8 janvier dernier, elle estime qu’une « étude diagnostique comparative et interventionnelle complémentaire d’impact avant-après le résultat du test sur la décision et la prise en charge des patientes s’avère maintenant nécessaire pour démontrer l’utilité clinique du test et, ainsi, pouvoir répondre aux attentes importantes des patientes et des cliniciens, quant à son usage dans la pratique ».

En clair : voyons voir si poser un diagnostic clair et précis change vraiment le cours de la maladie, pour laquelle, rappelons-le, aucune solution curative n’existe. Cette petite musique dubitative se fait entendre même parmi les soignants. Une façon de penser qui frôle l’absurde pour le concepteur du test, intimement convaincu qu’une annonce formelle est l’alpha et l’oméga de l’amélioration de la qualité de vie des patientes.

À LIRE AUSSI Infertilité : « Dans deux siècles, l’espèce humaine pourrait disparaître » « Le diagnostic précoce est très important ! assure le professeur Sofiane Bendifallah. Je milite pour. Non seulement vous informez les femmes de manière précise, mais vous pouvez aussi leur proposer un suivi de la douleur précoce et prévenir l’aggravation de la maladie en proposant une pilule qui, en suspendant les règles, met les symptômes de la maladie sur “pause”. Le traitement de la douleur, les hormones et la chirurgie : beaucoup de ces traitements sont le résultat du caractère limité du parcours de soins et d’un diagnostic souvent trop tardif. » Informées, les femmes pourront aussi prévenir les risques d’infertilité en congelant leurs ovocytes.

Une deuxième version du test devrait suivre. Avec, à la clé, un diagnostic encore plus fin. Non seulement il indiquera la présence d’une endométriose, mais sera capable de préciser de quelle forme de la maladie – plutôt hormonale, plutôt inflammatoire… – il s’agit. « Cette précision permettra de savoir à quel traitement elle pourrait répondre, ou quel traitement il faudrait développer », explique le Pr Bendifallah. Plus qu’un diagnostic, un véritable champ d’investigation.

C’est un mouvement de fond qui s’amorce enfin. Après des décennies passées aux oubliettes de la santé publique et de la recherche médicale, la santé des femmes s’impose doucement dans le champ de la médecine. Preuve de ce réveil tardif mais réel, l’année 2024 sera marquée par des avancées scientifiques majeures pour la vie de la moitié de l’humanité. Maladies cardiovasculaires, endométriose, troubles associés à la ménopause ou à la grossesse… Plongée dans ces innovations qui marqueront les mois à venir.
Les femmes vont (enfin) avoir un meilleur accès aux innovations en matière de soins
Endométriose : le test salivaire de diagnostic, « une avancée révolutionnaire »
L’origine des nausées de grossesse enfin élucidée (à venir)
Santé cardiovasculaire des femmes : la prévention, le pied sur l’accélérateur (à venir)
Ménopause : une information et une prise en charge encore « très en dessous des besoins » (à venir)




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Hugo Dupuis

Dans un monde peint de nuances d'encre et d'imagination, je suis Hugo Dupuis, un Spécialiste du Blogging, en équilibre à la croisée de l'exploration et de l'expression. Avec les salles de l'Institut Catholique de Toulouse comme ma creuset créatif, j'ai forgé un chemin où les mots deviennent des fenêtres ouvertes sur des contrées indomptées. Du plateau géopolitique à la délicate tapisserie de la nature, de l'arène rugissante aux couloirs secrets du divertissement, mon clavier danse au rythme des histoires en attente d'être racontées. La transparence est mon étoile guide, illuminant chaque récit de la brillance de l'authenticité. Alors, entrez dans ce royaume d'encre et d'idées, alors que nous nous embarquons ensemble dans un voyage à travers le labyrinthe de la politique mondiale, la symphonie de l'environnement, le frisson du sport et l'énigme du showbiz.

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