Santé

« La bonne alimentation est celle qui n’interdit rien » : le Dr Jean-Michel Cohen dépoussière les idées reçues sur la … – Psychologies.com


Des idées reçues aux restrictions inutiles et frustrantes, jusqu’à la promotion de produits révolutionnaires parfois dangereux, les réseaux sociaux regorgent de myriades de conseils pour “mieux manger”. A travers son ouvrage Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un ami nutritionniste ! (éditions First) co-écrit avec Valérie Expert, le Dr Jean-Michel Cohen ambitionne de rétablir de nombreuses vérités. Dans un entretien à Psychologies, le célèbre spécialiste prodigue des conseils ludiques pour tordre le cou à certaines dérives nutritionnelles.

Psychologies : Quels sont les fondements de l’alimentation ?

Jean-Michel Cohen : L’habitude primordiale à adopter est de s’assurer d’avoir un apport suffisant en protéines, qu’elles soient végétales ou animales. Ensuite, privilégiez les huiles de bonne qualité, qui vont apporter de l’Oméga-3, de l’Oméga-6 et de la vitamine E. Pour cette raison, il faut préférer l’huile de colza, les huiles combinées ou alors les huiles de noix ou de noisettes. L’huile d’olive est certes une huile de qualité à intégrer dans son régime alimentaire mais elle ne constitue pas la première des huiles. Mon dernier conseil serait de ne pas avoir peur des sucres lents dans son alimentation quotidienne. Car oui, les sucres lents sont nos amis ! Ce sont des produits qui apportent des hydrates de carbone, indispensables pour le bon fonctionnement de nos muscles.

A en croire vos recommandations, manger des sucres lents serait donc essentiel. Or, les éviter dans une alimentation saine, notamment le soir, est une information qui circule souvent. Il s’agirait donc d’une idée reçue ?

Jean-Michel Cohen : Oui, éviter les sucres lents est une idée reçue ! Il s’agit d’un héritage du régime sans sucres du Dr. Robert Coleman Atkins. On a pensé qu’en supprimant les sucres, on obtiendrait de meilleurs résultats en termes de santé. Car, depuis 2004, les premières études ont prouvé que toute alimentation qui comporte moins de 40g d’hydrates de carbone par jour entraînerait une fonte des graisses, et c’est la raison pour laquelle ce régime alimentaire est devenu à la mode. 

Concernant les sucres lents, je constate qu’il y a deux idées reçues qui reviennent souvent. La première : il ne faudrait pas manger de pâtes, riz, semoule, etc. Et la deuxième : il ne faudrait surtout pas en consommer le soir, ce qui constitue une erreur majeure car ce sont des aliments qui contiennent du tryptophane, un acide aminé essentiel qui aide à l’apaisement et à l’endormissement. Il est toutefois important de préciser qu’il est préférable de dîner 1h30 à 2 heures avant d’aller se coucher pour avoir une digestion apaisée.

Si l’heure du dîner a un rôle à jouer dans notre alimentation, faut-il également choisir l’heure du petit déjeuner, se laisser tenter par le jeûne intermittent… En somme, comment répartir ses repas dans la journée ?

Jean-Michel Cohen : La répartition des repas dans la journée est une affaire totalement individuelle. Le petit déjeuner est apparu au début du XXe siècle. Il concernait les ouvriers, obligés de manger le matin pour aller travailler dans les champs. L’alimentation en France a évolué entre 1 et 4 repas par jour au fil des siècles. Il y a eu la période où les ouvriers mangeaient le matin, les aristocrates soupaient, les bourgeois dînaient, etc. En réalité, l’heure du repas n’a pas d’importance. C’est un leurre qu’on fait croire car chacun d’entre nous doit avoir son propre rythme alimentaire et répartir les aliments comme il en a envie ! Le sujet c’est d’avoir, au cours de la journée, dans les 24 heures qui la constitue, les proportions parfaites pour un corps humain, c’est-à-dire suffisamment de nutriments essentiels pour le bon fonctionnement de notre organisme. 

Il s’agit aussi d’une question d’adaptation. C’est-à-dire que si vous passez de 3 repas par jour à 1 repas par jour, vous n’allez pas vous sentir bien. Mais il y a des personnes qui se limitent à 1 repas par jour et qui vivent parfaitement normalement. D’autres ont besoin de consommer 3 à 4 repas par jour et vivent très bien. C’est scientifiquement stupide de dire qu’il faut 3 ou 4 repas par jour pour vivre bien. Ce sont des « rythmes sociaux ». Car, socialement, les restaurants ouvrent à 12 heures et ferment à 15 heures et rouvrent à 19 heures pour fermer leurs cuisines à 22 heures. Idéalement, il ne faut pas se référer à ces rythmes sociaux et manger quand nous avons faim !

Qu’en est-il du jeûne intermittent ?

Les auteurs américains expliquent avoir testé l’impact du petit-déjeuner et notamment du jeûne intermittent de 16 et 24 heures. Grande surprise : ils ont observé une modification des graisses plus importante chez les participants. Aujourd’hui, il y a un mésusage du jeûne intermittent, car à lui seul, il ne suffit pas à accélérer une perte de poids. On le voit en particulier pendant le jeûne du Ramadan où on observe un tiers des personnes prendre du poids, un tiers en perdre et un tiers stabiliser leur poids. Le jeûne intermittent constitue donc une réduction des apports énergétiques, à condition que le niveau énergétique soit équivalent. 

Il y a la faim qu’on peut ressentir physiquement. Et il y a aussi la faim émotionnelle, ce baromètre de notre humeur qui nous fait manger de manière compulsive. Comment l’expliquer ?

Jean-Michel Cohen : La faim émotionnelle n’est pas un besoin de l’organisme mais une pulsion du cerveau liée aux émotions. Lorsqu’on mange sans avoir faim, c’est soit pour « anesthésier » sa pensée, soit pour la dissimuler. En quelque sorte, nous voulons assouvir un plaisir que nous n’avons pas et obtenir, de manière compulsive, une satisfaction qui a été enlevée. Car la vie est un équilibre des plaisirs. Or, si nous retirons un des plaisirs de notre vie, nous nous sentons obligés de le compenser par quelque chose qui nous donnera du plaisir immédiat, en l’occurrence à travers la nourriture émotionnelle. Pour contrer les pièges de cette faim, il faut comprendre que nous mangeons car nous aimons manger. Nous ne mangerions pas aussi régulièrement si nous n’aimions pas la nourriture. C’est ce qui explique pourquoi une personne atteinte d’Alzheimer ne ressente pas cette “faim” et ne pense donc pas forcément à manger. 

Finalement, c’est “juste” une habitude de manger ? 

Jean-Michel Cohen : Manger est une routine. La routine n’est pas quelque chose d’abstrait. La routine est quelque chose qui existe. Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) a par ailleurs démontré que les éléments d’une routine étaient gravés dans notre cerveau dans les noyaux gris centraux. Par exemple, vous décidez de changer votre routine. Vous vous dîtes alors : “je prends une décision : à partir d’aujourd’hui, j’arrête de manger à 18h et à la place, je bois un grand verre d’eau”. Ce qui va se passer est que cette nouvelle routine va s’installer dans les noyaux gris centraux du cerveau mais n’effacera pas l’ancienne routine. Ce qui explique que quelqu’un qui a des pulsions alimentaires par exemple, va peut-être aller mieux pendant quelque temps mais voir ce type de comportements se réveiller à tout moment.

Y a t’il une phrase que vous dites souvent à vos patients ?

Jean-Michel Cohen : Il y a plusieurs phrases que je dis souvent à mes patients. Parmi elles, « La bonne alimentation c’est celle qui n’interdit rien ». Et pour ceux qui débutent un régime alimentaire spécifique, je leur dis souvent que ce régime nécessite « patience, endurance et persévérance. »

Dans votre nouvel ouvrage, vous dîtes : « Entre les nouveaux régimes, les nouveaux gourous et les injonctions alimentaires, il est urgent de rétablir certaines vérités ». Si nous n’avons pas la chance d’avoir un ami nutritionniste, comment se protéger de la polarisation croissante de certaines croyances ?

Sur les réseaux sociaux, je constate qu’il y a de nombreux comptes qui se positionnent en experts de la nutrition et qui véhiculent des informations erronées sur l’alimentation. Des régimes alimentaires “miracles” aux remèdes naturels pour “guérir du cancer”, certaines vidéos contribuent fortement à créer de la désinformation. Lorsque l’on n’a pas la chance d’avoir un ami nutritionniste, il faut choisir avec précaution sa source d’information si on veut en apprendre vraiment sur la nutrition.

Pour aller plus loin

Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un ami nutritionniste !, Jean-Michel Cohen et Valérie Expert (éditions First). 



Source link

Hugo Dupuis

Dans un monde peint de nuances d'encre et d'imagination, je suis Hugo Dupuis, un Spécialiste du Blogging, en équilibre à la croisée de l'exploration et de l'expression. Avec les salles de l'Institut Catholique de Toulouse comme ma creuset créatif, j'ai forgé un chemin où les mots deviennent des fenêtres ouvertes sur des contrées indomptées. Du plateau géopolitique à la délicate tapisserie de la nature, de l'arène rugissante aux couloirs secrets du divertissement, mon clavier danse au rythme des histoires en attente d'être racontées. La transparence est mon étoile guide, illuminant chaque récit de la brillance de l'authenticité. Alors, entrez dans ce royaume d'encre et d'idées, alors que nous nous embarquons ensemble dans un voyage à travers le labyrinthe de la politique mondiale, la symphonie de l'environnement, le frisson du sport et l'énigme du showbiz.

Related Articles

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Back to top button