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Manchots empereurs : hécatombe chez les poussins, à cause de la … – Libération


L’extinction des manchots empereurs pourrait bien arriver plus vite que prévu. A l’instar de l’ours polaire en Arctique, cet oiseau endémique de l’Antarctique – à ne pas confondre avec les pingouins – est devenu un triste symbole des conséquences du réchauffement climatique d’origine humaine dans les pôles. Depuis plus d’une décennie, les chercheurs observent avec attention la régression de l’espèce, classée comme «quasi menacée» sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) en raison de la disparition de son habitat : la glace de mer en Antarctique.

Dans une nouvelle étude publiée ce jeudi 24 août dans la revue scientifique Communications Earth & Environment, des chercheurs du British Antarctic Survey (l’institut national de recherche polaire du Royaume-Uni), estiment qu’il y a «une forte probabilité» qu’aucun poussin n’ait survécu dans quatre des cinq colonies de manchots empereurs connues dans le centre et l’est de la mer de Bellingshausen (océan Pacifique sud). Ces dernières reviennent chaque année au même endroit pour pondre sur l’île Rothschild, l’anse Verdi, l’île Smyley, la péninsule Bryan et la pointe Pfrogner.

Pour en arriver à ces conclusions, les auteurs de l’étude ont examiné des images satellites de la mission Copernicus Sentinel-2, qui surveille en permanence cette zone de l’Antarctique depuis 2018. Ces dernières se révèlent particulièrement efficaces pour découvrir et surveiller les colonies de manchots empereurs car les taches brunes du guano (excréments) des oiseaux se détachent clairement sur le blanc immaculé de la glace et de la neige. Les images ont donc permis d’observer la perte de glace de mer sur les sites habituels de reproduction, et ce, bien avant que les poussins aient eu le temps de développer leurs plumes imperméables.

Un calendrier bouleversé

Les manchots empereurs ont un calendrier bien rodé et dépendent d’une glace de mer stable et fermement attachée au rivage pendant la majeure partie de l’année, d’avril à janvier. Une fois leur site de reproduction choisi, ils pondent leurs œufs de mai à juin, durant l’hiver austral. Ces derniers éclosent au bout de soixante-cinq jours, mais les poussins ne nagent pas avant l’été, entre décembre et janvier. Or, la perte de glace de mer la plus importante – «100 % en novembre 2022» – a justement été observée dans la mer de Bellingshausen, où vivent les colonies de manchots étudiées. Tous les poussins se sont donc très probablement noyés, la glace ayant fondu avant qu’ils ne soient capables de survivre dans l’eau froide. A la fin du mois de décembre 2022, l’étendue de la glace de mer en Antarctique était en effet la plus faible jamais enregistrée au cours des quarante-cinq années de relevés par satellite. Celle-ci «n’a commencé à se reformer qu’à la fin du mois d’avril 2023», précisent les auteurs de l’étude.

«Nous n’avons jamais vu de manchots empereurs ne pas se reproduire, à cette échelle, en une seule saison, s’alarme l’auteur principal de l’étude, Peter Fretwell, spécialiste de l’imagerie satellite étudiant la faune polaire. «Nous savons que les manchots empereurs sont très vulnérables dans un climat qui se réchauffe et les preuves scientifiques actuelles suggèrent que des événements extrêmes de perte de glace de mer comme celui-ci deviendront plus fréquents et plus répandus», abonde-t-il, précisant qu’entre 2018 et 2022, 30 % des 62 colonies connues de manchots empereurs en Antarctique ont déjà été affectées par une perte partielle ou totale de glace de mer. Et vu les records de températures dans l’air et les océans depuis le début de l’année, la saison 2023-24 s’annonce également critique.

La mer de glace toujours au plus bas

«A l’heure actuelle, en août 2023, l’étendue de la glace de mer dans l’Antarctique est encore bien inférieure à tous les records précédents pour cette période de l’année. Les océans sont désormais censés geler, mais nous observons des zones qui sont encore, de manière remarquable, largement libres de glace», dévoile Caroline Holmes, spécialiste du climat polaire au British Antarctic Survey (BAS). Si le réchauffement climatique exacerbe la vitesse de la fonte, l’impact du phénomène climatique naturel El Niñoqui a débuté en juin et engendre un réchauffement des eaux du Pacifique équatorial – est également à prendre en compte, précise la chercheuse, tout comme la force du courant-jet de l’hémisphère sud.

Les manchots empereurs ont déjà réagi par le passé à des incidents de perte de glace de mer en se déplaçant vers des sites plus stables l’année suivante. Mais les scientifiques affirment que cette stratégie ne fonctionnera pas si l’état de la glace de mer d’une région entière est affecté. «Les scénarios climatiques futurs prévoient une augmentation rapide du taux de déclin de la population, de sorte que, sans mesures d’atténuation, l’espèce commencera à décliner rapidement d’ici une à deux générations [de manchots, soit d’ici 2050, ndlr]», précise l’Union internationale pour la conservation de la nature sur son site.

«Des efforts récents pour prédire les tendances de la population de manchots empereurs à partir des prévisions de perte de glace de mer ont dressé un tableau sombre, montrant que si les taux actuels de réchauffement persistent, plus de 90 % des colonies seront quasi éteintes d’ici à la fin de ce siècle», appuie les chercheurs du BAS. «Fait inhabituel pour une espèce vertébrée, le changement climatique est considéré comme le seul facteur majeur influençant l’évolution à long terme de leur population», précisent-ils, ces oiseaux marins n’ayant jamais fait l’objet d’une chasse à grande échelle, ni été victimes d’une surpêche ou d’autres interactions anthropiques locales au cours de l’ère moderne.

«Un nouveau signal d’alarme pour l’humanité»

«Cet article révèle de façon spectaculaire le lien entre la perte de glace de mer et l’anéantissement des écosystèmes, résume Jeremy Wilkinson, physicien spécialiste de la glace de mer au BAS. Le changement climatique fait fondre la glace de mer à un rythme alarmant. Il est probable qu’il n’y ait plus de glace de mer dans l’Arctique dans les années 2030et dans l’Antarctique, les quatre étendues de glace de mer les plus basses depuis le début des mesures ont été enregistrées depuis 2016.» Et de conclure : «C’est un nouveau signal d’alarme pour l’humanité : nous ne pouvons pas continuer sur cette voie et les responsables politiques doivent agir pour minimiser l’impact du changement climatique. Il n’y a plus de temps à perdre.»



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Theo Lefevre

Dans le vaste océan du cyberespace, je suis Théo Lefèvre, un Journaliste Web captivé par les histoires qui se tissent à travers les fils numériques. Mon parcours à l'Université Américaine de Paris a façonné ma plume, tandis que mes curiosités se dévoilent à travers la science et la technologie, le monde des affaires, et l'athlétisme. Porté par mon passé de passionné de sport et d'économie, chaque article que je compose est un reflet transparent de mon engagement envers l'authenticité. Joignez-vous à moi pour explorer les méandres de l'innovation scientifique, les intrications du monde des affaires et les défis du terrain d'athlétisme, tout en partageant un voyage honnête et stimulant à travers mes écrits.

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