Culture et Société

Inégalités : qui sont les classes populaires en France ? – La Croix


Le vote des classes populaires s’invite aux programmes de tables rondes d’universités d’été des partis, qui ont lieu de vendredi 25 août à dimanche 27 août. Avec en ligne de mire l’élection présidentielle de 2027, la programmation de ce sujet témoigne de la préoccupation des diverses composantes de la Nupes de conquérir les voix de cette part de la population, aujourd’hui en partie ralliée au Rassemblement national.

Lors de la dernière élection présidentielle, le vote des « classes populaires » autodéclarées s’élevait en effet à 25 % pour le parti d’extrême droite, selon un sondage Ipsos (1). Cette part grimpait à 31 % pour les citoyens s’étant autodéclarés « défavorisés ». L’expression de classes populaires renvoie toutefois en France à des réalités socio-économiques, culturelles ou encore familiales diverses, aux contours flous.

Émergence du terme

Le terme de classes « populaires » est employé dans les travaux de recherche universitaire à partir de la fin des années 1970 pour distinguer les analyses centrées sur les conditions de travail des ouvriers de celles portant sur les employés, dans un contexte de recul du groupe ouvrier. Des ouvrages de sociologues comme Jean-Claude Passeron ou Pierre Bourdieu mettent alors en lumière « la conjonction d’une position dominée culturellement et économiquement et l’existence de traits culturels spécifiques » à ces classes populaires.

Si les travaux universitaires sur cette nouvelle classification ont fait florès depuis, le terme renvoie toutefois à une catégorie très hétérogène de la population, composée autant des ménages les plus pauvres ou précaires que des groupes en ascension sociale, se rapprochant des classes moyennes (2). Il n’existe ainsi pas de définition statistique de ce terme.

Définition statistique par la profession

Selon l’Insee, les classes populaires sont la part de la population qui détient « des ressources économiques et culturelles limitées », occupe « des emplois subalternes » ou vit des minima sociaux. Cette définition est souvent associée aux catégories socioprofessionnelles (CSP) des « ouvriers » et des « employés » – bien qu’il existe de grandes inégalités entre ces deux CSP.

En France, aujourd’hui, 26,2 % des actifs sont des employés et 19,1 % sont des ouvriers. Selon cette définition socio-économique, la part de la population représentant les classes populaires correspondrait à 12 millions d’actifs.

Parmi eux, les ouvriers travaillent désormais davantage au sein de petites équipes artisanales ou de moyennes entreprises, dans le bâtiment ou l’alimentation. Beaucoup d’entre eux travaillent aussi seuls la majeure partie du temps, comme les chauffeurs routiers, les taxis ou les conducteurs de bus.

Les employés se situent, eux, essentiellement dans les secteurs de l’administration publique, notamment dans le domaine de la santé ou dans les services directs aux particuliers (3). Ces deux catégories socioprofessionnelles ont pour points communs de se situer dans une position de dominés au sein de l’espace social et d’avoir une faible possibilité d’évolution professionnelle.

Le niveau de diplôme distingue aussi les classes populaires des autres classes sociales : 74 % des cadres supérieurs disposent d’un titre scolaire supérieur à bac + 2, contre 3 % des ouvriers et 10 % des employés (données Insee 2020).

Cette classification socioprofessionnelle exclut toutefois les professions indépendantes, dont les « agriculteurs exploitants », par exemple, pouvant être considérés comme faisant partie des classes populaires. L’un des écueils de l’étude des classes populaires serait donc de se baser uniquement sur le cadre professionnel pour les distinguer des autres classes sociales.

Revenu ou structure familiale

Le revenu des ménages constitue un autre critère de classification. Selon l’Observatoire des inégalités, les revenus des classes populaires se situeraient entre le seuil de pauvreté (fixé à 940 € net par mois) et 1 495 € net mensuels.

Les revenus d’un ménage dépendent toutefois de sa composition et du nombre d’enfants qui le composent. L’Observatoire des inégalités propose ainsi cinq seuils de revenus pouvant être considérés comme appartenant aux classes populaires : moins de 1 944 € net par mois pour une famille monoparentale, moins de 2 243 € pour un couple sans enfant, moins de 2 691 € pour un couple avec un seul enfant, et moins de 3 738 € net mensuels pour un couple avec deux enfants.

Dans ces ménages, « l’emploi des femmes, autrefois synonyme de salaire d’appoint, est désormais devenu décisif, au moins dans cette partie de l’espace social, pour assurer aux couples une certaine position sociale », souligne le sociologue et statisticien Thomas Amossé (4).

Une classification en question

La question de la classe varie en outre selon la perception par les individus. De plus en plus de travailleurs se situent dans les classes moyennes, alors qu’il existe une augmentation des inégalités entre cadres et professions intermédiaires, d’une part, et employés et ouvriers, de l’autre, entraînant ainsi la disparition relative des classes moyennes.

Il existe par ailleurs, au sein de ces classes populaires, des fractures réelles entre travailleurs stables et précaires, qualifiés et non qualifiés, nationaux et immigrés ou encore citadins, périurbains et ruraux.

Ces clivages suscitent une remise en cause de la terminologie de classes populaires par une partie de la communauté scientifique, en raison d’une individualisation et d’une fragmentation de la société qui seraient trop profondes pour pouvoir encore parler de « classes sociales ». « Les catégories sociales n’existent pas en soi, leur existence et leurs frontières sont un enjeu de lutte, rappellent ainsi plusieurs chercheurs (3), citant Bourdieu. Le mouvement des gilets jaunes de l’hiver et du printemps 2018-2019 l’a encore rappelé. »

(1) Sondage mené par Ipsos et son partenaire Sopra Steria pour France Télévisions et Radio France du 8 au 11 juin 2022, auprès de 4 000 personnes.

(2) Nicolas Renahy et al., « De la sociologie de la classe ouvrière à la sociologie des classes populaires. Penser ensemble la condition des ouvriers et des employé-e-s », De la classe ouvrière aux classes populaires, Savoir/Agir 2015/4 (n° 34).

(3) Thomas Amossé et al., « Comment étudier les classes populaires contemporaines ? De l’analyse statistique d’un espace social à une enquête par monographies de ménages », Sociologia : Revista da Faculdade de Letras da Universidade do Porto, 2019, 9, pp.118-141.

(4) Thomas Amossé, Quelle définition statistique des classes populaires ?, « Classes populaires d’aujourd’hui. Questions de morphologie et de styles de vie », Sociétés contemporaines, 2019/2 (n° 114).



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Elodie Dumas

Bonjour, je suis Elodie Dumas, une rédactrice d'articles en ligne qui dévoile le monde à travers ses mots. Ma formation à l'École Centrale de Nantes a façonné ma plume et éveillé ma passion pour l'écriture. Je parcours la toile avec des récits internationaux, explorant la culture, la société, et le monde du crime. Passionnée de sport et de voyages, j'explore aussi les coins les plus reculés. Mon engagement envers la transparence guide chacun de mes articles, apportant une authentique lumière à chaque sujet. Rejoignez-moi dans cette aventure où les mots peignent des images vives de cultures lointaines, de mystères criminels et d'horizons lointains.

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