Éducation

Quand les écrans à l’école font écran – Le Devoir


Ce texte fait partie du cahier spécial Rentrée scolaire

Elle semble préhistorique, l’époque où le rétroprojecteur à acétates et le téléviseur faisaient une entrée remarquée dans les classes. On se souvient de l’arrivée impromptue, il y a environ 15 ans, du tableau blanc interactif (TBI), une technologie implantée dans la controverse par le gouvernement Charest. En quoi le TBI allait-il améliorer les apprentissages ? Ses promoteurs affichaient un réel enthousiasme, mais rarement appuyé par des données probantes. Ce tableau est depuis tombé en désuétude ; les produits technologiques éducatifs changent tous les 36 mois en moyenne.

Cette emprise de l’industrie sur le milieu scolaire est bien réelle, et très inquiétante. L’UNESCO a senti le besoin de creuser le phénomène dans un rapport récemment publié, et au titre évocateur : Les technologies dans l’éducation. Qui est aux commandes ? La réponse prend de multiples formes selon les pays, leur niveau de développement, et leur conception de l’éducation.

Dans ce domaine, les inégalités demeurent frappantes, voire cruelles. Par exemple, en 2021, à l’échelle mondiale, une école primaire sur quatre n’avait pas accès à l’électricité, et on comptait tout au plus 10 ordinateurs pour 100 élèves au Brésil et au Maroc, contre 160 ordinateurs pour 100 élèves au Luxembourg. À l’opposé, le Pérou a distribué près d’un million d’ordinateurs portables dans son réseau scolaire, mais sans véritable stratégie pédagogique : les apprentissages n’ont connu aucune amélioration notable.

Selon les experts de l’UNESCO, le secteur des nouvelles technologies dicte trop souvent les décisions des États alors que les systèmes scolaires ont parfois du mal à combler les besoins éducatifs essentiels. À quoi bon un TBI dans une école vétuste à la bibliothèque dégarnie ou inexistante ?

S’il est vrai que dans plusieurs milieux, le papier a été remplacé par des écrans et les stylos par des claviers, en quoi ces changements se reflètent-ils dans les résultats scolaires des élèves ? Cathy Tétreault, directrice du Centre Cyber-aide, déplore « une pression sociale très forte pour se procurer des écrans, et les donner aux enfants ». Selon elle, les chercheurs n’arrivent toujours pas à conclure de façon définitive aux bienfaits des technologies sur l’apprentissage, surtout chez les plus jeunes. « Le cellulaire, la tablette, ce sont des outils comme les autres, mais c’est surtout la façon, le contexte, et le contenu en lien avec la pédagogie qui font en sorte qu’ils sont utiles. »

Le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, a d’ailleurs indiqué, mercredi dernier, vouloir adopter une directive visant à interdire le cellulaire dans les salles de classe, « sauf à des fins pédagogiques », afin de favoriser la réussite scolaire des élèves.

Cathy Tétreault s’inquiète également des messages contradictoires lancés par cette accélération technologique ; d’un côté, la santé publique préconise deux heures par jour d’utilisation pour les enfants, et de l’autre, les écrans prolifèrent dans les classes. « J’ai déjà donné une conférence dans une école primaire privée où tous les élèves de 3e année possédaient un cellulaire », souligne celle qui est également directrice de la Maison des jeunes de Duberger.

La pause téléphonique

Cette dépendance est largement documentée et constitue un défi quotidien pour les responsables scolaires. Plusieurs sont curieux des méthodes de l’école secondaire Grande-Rivière, à Gatineau, où l’utilisation du cellulaire n’est pas bannie, mais sérieusement encadrée. « Quand je vais dans d’autres écoles, je dois quasiment faire du slalom dans les corridors, car les jeunes ne regardent pas où ils vont ! » affirme Serge Guitard, directeur de l’établissement. Depuis de nombreuses années, les élèves de Grande-Rivière ne peuvent utiliser leur téléphone à l’intérieur de l’édifice, à quelques exceptions près. « Avec le conseil étudiant, nous avons négocié l’utilisation d’une classe par niveau où ils peuvent s’en servir sur l’heure du midi », précise celui qui ne voit que des bienfaits à ces limitations.

À un parent qui invoque des raisons de sécurité ou à un jeune prétextant un possible appel de son employeur, Serge Guitard ne manque jamais d’arguments, rappelant le dévouement de ses collègues et la responsabilité de l’élève quand il est à l’école : « Son travail, c’est celui-là ! » Le directeur reconnaît tout de même que ces mesures ne sont pas toujours faciles à maintenir, mais la majorité du personnel, des parents… et des élèves y croient.

« On ne doit jamais oublier les trois volets de la mission de l’école québécoise : instruire, qualifier et socialiser, rappelle Serge Guitard. Avoir un cellulaire constamment devant le visage, ce n’est pas la meilleure façon de socialiser. Quand les élèves entrent dans notre établissement, ils rangent leur cellulaire. » Et nul doute qu’ils voient le monde autrement.

Ce contenu a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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Elodie Dumas

Bonjour, je suis Elodie Dumas, une rédactrice d'articles en ligne qui dévoile le monde à travers ses mots. Ma formation à l'École Centrale de Nantes a façonné ma plume et éveillé ma passion pour l'écriture. Je parcours la toile avec des récits internationaux, explorant la culture, la société, et le monde du crime. Passionnée de sport et de voyages, j'explore aussi les coins les plus reculés. Mon engagement envers la transparence guide chacun de mes articles, apportant une authentique lumière à chaque sujet. Rejoignez-moi dans cette aventure où les mots peignent des images vives de cultures lointaines, de mystères criminels et d'horizons lointains.

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