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Détox numérique : « Le téléphone ne nous rend pas plus bêtes » – Sud Ouest


À partir de quelle utilisation du numérique, des écrans, peut-on s’inquiéter d’une consommation excessive ? On a le sentiment aujourd’hui que nous sommes tous dépendants ?

Il faut bien faire la différence entre l’addiction pathologique et les habitudes acceptées socialement. L’addiction concerne une utilisation excessive avec perte de contrôle. La personne est emportée, ne fait plus ce qu’elle veut, comme un surfeur qui n’arrive plus à maîtriser la vague. Nos patients, par exemple, utilisent les jeux vidéo toute la nuit, ne se lèvent plus pour aller travailler…

À partir de quelle utilisation du numérique, des écrans, peut-on s’inquiéter d’une consommation excessive ? On a le sentiment aujourd’hui que nous sommes tous dépendants ?

Il faut bien faire la différence entre l’addiction pathologique et les habitudes acceptées socialement. L’addiction concerne une utilisation excessive avec perte de contrôle. La personne est emportée, ne fait plus ce qu’elle veut, comme un surfeur qui n’arrive plus à maîtriser la vague. Nos patients, par exemple, utilisent les jeux vidéo toute la nuit, ne se lèvent plus pour aller travailler, sont en retard pour leurs rendez-vous, n’ont plus de vie sociale. Ils ne peuvent plus adapter l’usage aux conséquences, subissent un empiétement sur leur propre liberté, avec des dommages.

Selon vous, l’usage des écrans est une habitude acceptée socialement. Pouvez-vous expliquer ?

Nous sommes tous aujourd’hui un peu dépendants de nos téléphones portables et des applis qui vont avec. La banque, les rendez-vous médicaux, la SNCF, le stationnement et j’en passe. On est très démunis lorsqu’on perd son téléphone, mais on parle ici d’un usage socialement accepté. Tout le monde a fini par s’adapter. Notre cerveau s’organise pour automatiser des tâches, sans réfléchir. C’est efficace. Le matin, on allume notre portable, qui nous donne l’heure, nous rappelle nos rendez-vous, nous dit le temps qu’il fait, la circulation pour nos déplacements… Mais cela n’a rien à voir avec une addiction, il s’agit d’une nouvelle habitude.

Pourquoi est-on si démuni lorsque nous n’avons plus de connexion ?

Parce que notre habitude est contrariée. Mais on arrive très bien, au bout de deux ou trois jours, à vivre sans, d’autres habitudes prennent le relais. On s’adapte. Si les habitudes n’entraînent pas de dommages, où est le problème ?

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Savoir se servir du téléphone, s’adapter aux évolutions technologiques, ça demande de l’agilité, donc de la mémoire »

Il y a tout dans nos smartphones et aujourd’hui, on ne sait plus lire une carte routière. Les moteurs de recherche font un travail de mémoire pour nous. N’est-ce pas nocif pour notre propre mémoire ? Devient-on plus bête ?

Retenir des numéros de téléphone n’a pas un grand intérêt pour le cerveau.

C’est vrai, le téléphone nous épargne ce travail et beaucoup d’autres. Et nous fait gagner du temps, mais non, nous ne sommes pas plus bêtes. Ce temps gagné libère de l’énergie, de l’espace pour permettre au cerveau d’assurer d’autres tâches. Je considère que ça fait partie de notre évolution.

Notre mémoire à long terme n’est-elle pas en danger ?

Non. Déjà, savoir se servir du téléphone, s’adapter aux évolutions technologiques, ça demande de l’agilité. Donc de la mémoire. Son utilisation fait aussi travailler le cerveau. Sur les dix dernières années, nous assistons à un conflit de générations lié au numérique et un sentiment de chamboulement. Les enfants qui sont nés avec sont beaucoup plus agiles. Il existe encore une inégalité territoriale avec des zones blanches. De nouvelles règles de vie en société se mettent en place, qui tiennent compte des écrans.

Vous parlez de nouvelles règles sociales, liées à l’utilisation du numérique et des écrans. Quelles sont-elles ?

Tout ce qui est en lien avec l’usage du smartphone : ne pas l’utiliser lorsqu’on est à table, en voiture, sur un vélo, le garder éloigné lors d’un rendez-vous, l’éteindre pendant les réunions, demander aux enfants et ados de le poser avant d’aller se coucher, etc. Tout ça est en train de s’installer.

En France, 95 % de la population possède soit un smartphone, soit un simple mobile. De plus en plus d’utilisateurs ressentent le besoin de se « détoxifier ». Est-ce symptomatique ?

Beaucoup, parmi nous, se sentent « à risque », ils comprennent qu’ils sont surconsommateurs et veulent se mettre à distance, pour auto-évaluer leur dépendance. Pour cela, il leur faut un environnement contraint. Exactement sur le même mode que le « Dry January » pour l’alcool. Pourquoi pas. Mais le téléphone, au-delà de son aspect désormais indispensable, peut avoir un rôle vertueux : je pense, par exemple, à l’appli qui compte nos pas et incite les plus sédentaires à bouger.

Vous n’êtes pas convaincu de l’utilité de passer des vacances hors connexion ?

Je ne suis pas sûr qu’il y ait un retour en arrière possible. Comme pour l’eau chaude au robinet, ou la voiture. Toute la société a été réorganisée avec l’avènement du déplacement motorisé. Aujourd’hui, on diversifie les moyens de déplacement, la voiture n’est plus toute-puissante, on peut prendre les transports en commun, faire du vélo, de la trottinette, mais le principe du déplacement motorisé est resté.



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Theo Lefevre

Dans le vaste océan du cyberespace, je suis Théo Lefèvre, un Journaliste Web captivé par les histoires qui se tissent à travers les fils numériques. Mon parcours à l'Université Américaine de Paris a façonné ma plume, tandis que mes curiosités se dévoilent à travers la science et la technologie, le monde des affaires, et l'athlétisme. Porté par mon passé de passionné de sport et d'économie, chaque article que je compose est un reflet transparent de mon engagement envers l'authenticité. Joignez-vous à moi pour explorer les méandres de l'innovation scientifique, les intrications du monde des affaires et les défis du terrain d'athlétisme, tout en partageant un voyage honnête et stimulant à travers mes écrits.

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