Culture et Société

Faut-il disperser les services pour toxicomanes et personnes … – Radio-Canada.ca


Le déménagement d’un refuge problématique situé près du Palais des congrès de Montréal était à peine annoncé, début août, que la mairesse Valérie Plante a prévenu les résidents du secteur, inquiets pour leur sécurité : « Il faudrait que ce soit essentiellement dans le même quartier. » Bonne idée ou pas?

Selon la mairesse, aller trop loin risque d’être néfaste : Les personnes vulnérables, quand on les déstabilise encore plus, le problème peut s’amplifier.

Mais au sein de l’administration de Valérie Plante, des discussions ont lieu alors que des élus réclament une équité territoriale des ressources pour personnes itinérantes.

Les itinérants qui n’ont pas trouvé une place en refuge passent la nuit sur l’esplanade du Palais des congrès.

Photo : Radio-Canada

Le débat fait rage aussi à Ottawa. Lors de notre passage dans la Basse-Ville de la capitale fédérale pour documenter l’explosion du nombre d’itinérants et de toxicomanes, la question de la concentration des services était sur toutes les lèvres.

On sacrifie une petite partie du centre-ville, selon Bruce Kelley, le directeur responsable des questions liées au logement et à l’itinérance à l’Association communautaire de la Basse-Ville. Ce quartier compte trois refuges, trois centres de jours et trois centres d’injection supervisée.

Un trottoir rempli de consommateurs de drogue, dans la Basse-Ville d'Ottawa.

Un trottoir rempli de consommateurs de drogue, dans la Basse-Ville d’Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron

Ça fait un genre d’aimant, croit M. Kelley. Tous les gens qui ont besoin d’aide viennent là et ça attire d’autres personnes malintentionnées. Il évoque les vendeurs de drogue, les gangs de rue, les proxénètes, qui profitent de la vulnérabilité des gens vivant dans la rue.

C’est comme un loup dans la bergerie.

Julie, une personne sans domicile fixe de la Basse-Ville, partage cet avis : crowdés, ce n’est pas bon du tout. Il faut les disperser, les amener à la campagne, en psychiatrie, en détox, je ne sais pas.”,”text”:”Ils sont trop crowdés, ce n’est pas bon du tout. Il faut les disperser, les amener à la campagne, en psychiatrie, en détox, je ne sais pas.”}}”>Ils sont trop crowdés, ce n’est pas bon du tout. Il faut les disperser, les amener à la campagne, en psychiatrie, en détox, je ne sais pas.

L’Association communautaire de la Basse-Ville prône une répartition équitable des services en itinérance, en santé mentale et en toxicomanie dans les 24 quartiers d’Ottawa avec de petits centres de ressources, à taille humaine.

Marc-Antoine Deschamps, surintendant au Service paramédic d’Ottawa, confirme que des surdoses surviennent un peu partout dans la ville, dans tous les niveaux sociaux.

Une toxicomane dort sur un trottoir d'Ottawa.

Une toxicomane dort sur un trottoir d’Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron

Les résidents ne sont pas les seuls à voir dans cette concentration un défi supplémentaire. C’est certainement un problème, nous a dit l’agent Paul Stam, du Service de police d’Ottawa.

Plus de monde, plus de problèmes, ajoute Louise Beaudoin, l’infirmière responsable du centre d’injection supervisée situé au refuge des Bergers de l’Espoir, rue Murray.

Si elle pouvait redessiner la carte des services, elle les disperserait un peu plus. Mais la communauté ne veut pas, personne ne veut t’avoir dans sa cour, constate-t-elle.

Les usagers sont souvent attachés à un endroit, ils n’iront pas ailleurs.

Le directeur exécutif du centre de l’Armée du Salut d’Ottawa, Marc Provost, pense qu’il faut que tout soit assez proche l’un de l’autre, car les itinérants ne vont pas faire six places pour avoir six services. Ils vont faire maximum deux places pour avoir tous les services.

Un homme dort dans un refuge d'Ottawa.

Un homme dort dans le refuge de l’Armée du salut à Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron

Selon Janick Fortin, de la Société de développement social de Ville-Marie, qui gère le refuge proche du Palais des congrès de Montréal, pour que les gens qui sont pris en charge le soir puissent répondre à leurs besoins primaires durant le jour [aller manger, se doucher…], il faut qu’il y ait des organismes pas loin.

Si on les amenait à Saint-Clin-Clin-des-Meuh-Meuh et qu’il n’y a pas d’organismes, on ne réglera pas le problème, car ils auront besoin de plus de services.

Des discussions à Montréal sur « l’équité territoriale »

Dans la métropole québécoise, les données du Centre de référence du Grand Montréal, compilées par Radio-Canada, démontrent que 65 % des services pour itinérants sont situés dans 3 des 19 arrondissements : Ville-Marie (43 %), Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (13 %) et Le Plateau-Mont-Royal (9 %).

Selon nos informations, le maire du Plateau-Mont-Royal plaide depuis plusieurs mois auprès de la mairesse Plante pour qu’une meilleure répartition se fasse entre les arrondissements, alors que des difficultés de cohabitation touchent les résidents du secteur de Milton-Parc et de l’Hôtel-Dieu.

Lors de la séance du conseil d’arrondissement en septembre 2022, le maire Luc Rabouin avait déjà lancé le message au PDG du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Tous les territoires doivent identifier des lieux pour accueillir les personnes en situation d’itinérance. Plutôt que d’avoir une concentration dans un seul lieu, si on peut avoir différents sites, à échelle plus humaine, pour les personnes qui les fréquentent et pour les quartiers avoisinants.

Au mois de juillet, une élue de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve évoquait elle aussi un enjeu d’équité territoriale, alors que des citoyens dénoncent les difficultés de vivre à proximité de trois refuges. Alia Hassan-Cournol, conseillère dans le district Maisonneuve–Longue-Pointe, rappelait toutefois que son arrondissement a un écosystème de solidarité fort depuis des décennies et c’est ce qui fait l’âme du quartier.

Selon Michelle Patenaude, directrice générale du CAP St-Barnabé, qui gère les trois refuges en question, c’est la disponibilité des locaux qui joue un grand rôle. Dans Hochelaga-Maisonneuve, on a beaucoup d’églises vacantes, souligne-t-elle.

Le refuge l’Étape, dans une ancienne église de la rue Chambly.

Le refuge l’Étape, dans une ancienne église de la rue Chambly.

Photo : Radio-Canada / Philippe-Antoine Saulnier

Dans le Plan d’action montréalais en itinérance 2014-2017, on pouvait lire que la concentration de personnes itinérantes dans certains lieux publics des quartiers centraux de Montréal affecte la dynamique de ces milieux au détriment de la qualité de vie de l’ensemble des utilisateurs, des commerçants et des citoyens riverains et mettant parfois en péril la santé et la sécurité des personnes itinérantes elles-mêmes.

Les itinérants vont là où il y a du passage

Historiquement, l’itinérance, c’était au centre-ville et ce sera toujours au centre-ville, croit Serge Lareault, le Protecteur des personnes en situation d’itinérance à la Ville de Montréal. C’est là où il y a de la circulation, de l’économie, des gens pour donner aux mendiants.

Il ajoute : On fait la corrélation, parfois trop facile, qu’un service en itinérance attire les gens, mais ce n’est vraiment pas ça qui se passe.

On peut retirer des services au centre-ville, le marché de la drogue va rester là, la vie itinérante et la possibilité de mendier vont rester au centre-ville.

Selon lui, la solution est de doser. Il affirme que la mairesse a une vision de l’équité territoriale.

Dans le Quartier des spectacles de Montréal, le directeur du centre d’injection supervisée de l’organisme CACTUS Montréal, Jean-François Mary, subit lui aussi les critiques des résidents des alentours, qui ont surnommé le coin de rue « l’allée du crack ».

Jean-François Mary, directeur général de Cactus Montréal.

Jean-François Mary, directeur général de Cactus Montréal.

Photo : Radio-Canada / Thomas Gerbet

Il est normal que les ressources s’organisent en fonction des besoins et de la demande locale, dit-il. Les organismes et les ressources d’aide et de soutien ne sont pas la source de la concentration de pauvreté, elles y répondent.

On est toujours dans la cour de quelqu’un quand la société vous exclut.

Dans le livre Itinérance et cohabitation urbaine, paru en 2021, sous la direction du professeur de l’UQAM Michel Parazelli, on peut lire qu’en les dispersant ainsi, on pense alléger et atténuer les problèmes de cohabitation du centre-ville, sans nécessairement réfléchir aux effets pervers que cette dispersion peut créer auprès des personnes en situation de marginalité ainsi qu’à l’accès aux ressources qui leur viennent en aide.

À Ottawa, la Ville assure qu’elle ne prévoit pas actuellement d’accroître les services communautaires offerts dans la Basse-Ville. Le refuge de l’Armée du Salut doit même déménager dans le quartier voisin de Vanier. Mais là aussi, cela ne fait pas l’unanimité.

Un sans-abri dort sur la galerie d'une maison placardée de la rue Clarence.

Écoutez notre reportage sur l’explosion des surdoses et de l’itinérance dans la capitale du Canada.

Photo : Radio-Canada / Patrick André Perron



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Elodie Dumas

Bonjour, je suis Elodie Dumas, une rédactrice d'articles en ligne qui dévoile le monde à travers ses mots. Ma formation à l'École Centrale de Nantes a façonné ma plume et éveillé ma passion pour l'écriture. Je parcours la toile avec des récits internationaux, explorant la culture, la société, et le monde du crime. Passionnée de sport et de voyages, j'explore aussi les coins les plus reculés. Mon engagement envers la transparence guide chacun de mes articles, apportant une authentique lumière à chaque sujet. Rejoignez-moi dans cette aventure où les mots peignent des images vives de cultures lointaines, de mystères criminels et d'horizons lointains.

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